Le cheminot autrichien et la carte du parti
En mars 1939, un an apres l'Anschluss qui a rattache l'Autriche au Reich, la Reichsbahn a absorbe les chemins de fer autrichiens et la « communaute du peuple » (Volksgemeinschaft) encadre desormais chaque atelier. A Linz, ville d'enfance de Hitler erigee en vitrine du regime, la pression du parti se fait sentir jusque dans les depots et les ateliers, et chacun observe la conduite a tenir pour preserver sa place.
Un cheminot de quarante-cinq ans, naguere proche du milieu social-democrate dissous en 1934 puis interdit, voit ses collegues prendre position les uns apres les autres. Demander son adhesion au NSDAP securiserait sa place et celle des siens ; s'en tenir a l'ecart preserverait ses convictions mais l'exposerait a la mise a l'ecart, voire au signalement.
Faut-il demander sa carte du parti pour securiser l'emploi, refuser toute adhesion et rester en retrait, ou garder son poste tout en cherchant discretement un contact clandestin ? Le dilemme se pose chaque jour, sans echappatoire evidente.
Pour conserver son poste un an apres l'Anschluss, le cheminot doit-il demander sa carte du NSDAP, s'en abstenir, ou chercher discretement un repli ?
Les travaux d' montrent qu'apres l'Anschluss une large part de la classe ouvriere autrichienne, y compris d'anciens sociaux-democrates et chretiens-sociaux, s'accommode du regime par opportunisme et par crainte pour l'emploi : l'avancement et meme le simple maintien dans l'emploi passent de plus en plus par l'adhesion au NSDAP, dont les listes se sont rouvertes par vagues, si bien que prendre sa carte devient un reflexe de survie professionnelle plus qu'un choix ideologique. A Linz, ville-vitrine surindustrialisee autour des usines Hermann-Goering, la pression sur les cheminots et ouvriers est particulierement forte. Il ne s'agit donc pas du destin d'un homme nomme, mais d'un comportement collectif documente : la majorite compose, une minorite resiste, et l'adhesion massive des Autrichiens (surrepresentes ensuite dans la SS et l'appareil repressif) nourrira l'epuration et le mythe de la « premiere victime » apres 1945.









