Les Karten : rationner l'Allemagne en guerre
Le 27 août 1939, à quelques jours de l'invasion de la Pologne, le régime nazi met en place le rationnement de guerre. Des cartes — les « Karten » — encadrent la distribution du pain, de la viande, des matières grasses, du sucre, du lait, ainsi que des textiles et des chaussures. La population n'est pas prise totalement au dépourvu : certaines graisses sont contingentées depuis 1937, et le café comme les agrumes ont été restreints au début de 1939.
L'économie de guerre allemande affronte une tension structurelle : les devises manquent, les importations agricoles sont coûteuses, et l'effort d'armement exige des ressources. Mais le régime garde en mémoire l'effondrement du moral intérieur de 1918 et redoute de heurter de front les ménages.
Les responsables du Plan quadriennal doivent fixer la rigueur des restrictions. Trop dures, elles risquent de saper l'adhésion populaire ; trop douces, elles compromettent l'effort militaire. Le dosage retenu en cet été 1939 dira quel équilibre le régime entend tenir entre le front et l'arrière.
Faut-il imposer d'emblée un rationnement sévère, maintenir une consommation civile large, ou durcir les restrictions par étapes ?
Le rationnement allemand débute relativement modéré puis se durcit progressivement avec la guerre. Soucieux de ne pas répéter la crise du moral de 1918, le régime maintient d'abord des rations comparativement généreuses, financées en partie par le pillage des territoires occupés et l'exploitation du travail forcé. Les Allemands consomment longtemps davantage que les autres belligérants continentaux, tout en restant en deçà du niveau d'avant-guerre. Ce n'est qu'avec la radicalisation de l'économie de guerre, notamment après l'arrivée d' à l'Armement en 1942, que l'équilibre bascule plus nettement vers le militaire ; les coupes les plus dures dans les rations civiles allemandes interviennent dans les dernières années du conflit.









