Le discours de l'Obersalzberg
Le 22 août 1939, à la veille de signer le pacte avec l'URSS, Hitler réunit ses principaux chefs militaires au Berghof, sa résidence de l'Obersalzberg. Le renversement d'alliances qui se prépare avec Moscou lève le spectre du second front : l'Allemagne pourra attaquer la Pologne sans craindre l'Armée rouge dans son dos.
Devant ses généraux, Hitler expose sa résolution. Plusieurs comptes rendus de ce discours nous sont parvenus, avec des variantes. Il y affirme sa détermination à détruire la Pologne, exhorte à agir avec la plus grande brutalité et sans pitié, et balaie les considérations de droit. Certains témoins lui prêtent une phrase sur l'oubli dans lequel serait tombée l'extermination des Arméniens — propos rapporté mais dont l'authenticité est discutée.
Hitler doit confirmer le cap à son état-major. Lancer l'attaque dès que le pacte sera signé, en pariant que l'Ouest n'agira pas à temps ? Maintenir une pression diplomatique sans franchir le pas ? Ou différer encore ? Le discours du Berghof fixe l'état d'esprit dans lequel la guerre va être menée.
Hitler doit-il, le pacte soviétique acquis, donner l'ordre d'attaquer la Pologne et d'agir « sans pitié » ?
Hitler choisit A : fort de l'accord soviétique conclu le lendemain, il confirme à ses généraux la décision d'attaquer la Pologne et l'exigence d'une guerre impitoyable. L'attaque est d'abord fixée à l'aube du 26 août. Le ton du discours de l'Obersalzberg — mépris du droit, appel à la brutalité, déshumanisation de l'adversaire — annonce la nature de la guerre d'anéantissement qui va s'abattre sur la Pologne, et préfigure les crimes de masse des années suivantes. Les comptes rendus de ce discours figureront parmi les pièces examinées au procès de Nuremberg. Le pacte avec l'URSS, signé le lendemain, lèvera le dernier obstacle stratégique à l'attaque de la Pologne.









