Hitler — le discours du Reichstag
Au 6 octobre 1939, la campagne de Pologne est achevée. Hitler convoque le Reichstag au Krolloper de Berlin (le bâtiment habituel ayant brûlé en 1933) pour un discours majeur de deux heures. Le 28 septembre, il a signé le traité d'amitié germano-soviétique. Le 30 septembre, il a tenu une conférence avec ses chefs militaires à laquelle il a annoncé son intention d'attaquer l'Ouest à l'automne 1939 — projet rejeté par Brauchitsch et Halder en raison de l'épuisement des forces.
Hitler doit choisir publiquement entre deux options stratégiques. La première — privilégier l'offensive immédiate à l'Ouest. La seconde — proposer une "paix généreuse" aux Alliés en échange de la reconnaissance du fait accompli en Pologne. Cette dernière offre est appuyée par certains industriels (Krupp, Thyssen) et même par certains généraux (Goering) qui doutent de la capacité économique du Reich à mener une longue guerre sur deux fronts.
L'opinion alliée, après la Pologne, paraît peu disposée à un compromis. Le discours est rédigé par lui-même avec Ribbentrop et , chef de la presse.
Quelle ligne adopter dans le discours du 6 octobre ?
Hitler choisit B. Le discours de deux heures (publié in extenso dans toute la presse mondiale) propose la « paix » aux Alliés sous trois conditions : reconnaissance des frontières actuelles (Pologne partagée), réorganisation économique européenne sous leadership allemand, restitution des colonies allemandes perdues à Versailles. Il refuse explicitement toute discussion sur la restauration de la Tchécoslovaquie ou de la Pologne. Réponse française : Daladier rejette l'offre le 10 octobre 1939 dans un discours à la Chambre — « La paix dont parle Hitler n'est qu'un piège. » Réponse britannique : Chamberlain rejette le 12 octobre 1939 aux Communes — « Il n'y aura pas de paix tant que la confiance ne pourra pas être rétablie, et la confiance ne peut pas l'être avec ceux qui violent les traités. » Hitler obtient le casus belli moral qu'il cherchait. Le 9 octobre, avant même les réponses alliées, il signe la Directive n°6 ordonnant la préparation de Fall Gelb (offensive à l'Ouest) pour novembre — date qui sera repoussée à plusieurs reprises en raison de la météo et des plans révisés (sera finalement déclenchée le 10 mai 1940). Le 6 octobre 1939 marque ainsi le tournant : la guerre devient inéluctable, et Hitler peut la présenter comme imposée par le refus allié.









