Hitler face à Fall Gelb — 29 reports
Le plan Fall Gelb (offensive à l'Ouest) a été ordonné par la Directive n°6 du 9 octobre 1939. Première date prévue : 12 novembre 1939. Mais l'OKH (Brauchitsch-Halder) résiste, le plan initial est jugé médiocre, le temps est mauvais. Hitler reporte une première fois au 26 novembre. Puis au 17 décembre. Puis au 1er janvier 1940.
Au 10 janvier 1940, l'affaire Mechelen compromet les plans : la version Schlieffen 2.0 doit être abandonnée. Les raisons d'ajourner s'accumulent : météo, planification, état des chars, conditions du sol, attente d'un nouveau concept opératif. Mais chaque date repoussée est une offensive non lancée, et l'initiative qui s'effrite. Hitler peut au contraire exiger qu'une date proche reste fixée en permanence, pour tenir l'OKH sous tension.
Pendant l'hiver 1939-1940, les généraux de l'OKH soufflent — chaque report leur donne plus de temps. La résistance allemande anti-nazie (Beck-Canaris-Oster) espère que Hitler renoncera. Goering pousse pour l'offensive immédiate ; Brauchitsch et Halder pour reporter encore.
Hitler doit choisir s'il maintient ou suspend Fall Gelb.
Hitler doit-il maintenir Fall Gelb prêt en permanence ?
Hitler applique A durant les six mois. Au cours des 180 jours entre le 12 novembre 1939 et le 10 mai 1940, il signe 29 ordres successifs de report — chiffre rendu célèbre par l'historiographie. Ces reports maintiennent la Wehrmacht en alerte constante. Le 17 février 1940, audience avec Manstein, adoption du Sichelschnitt. Date redéfinie au 10 mai 1940 (déclenchement effectif). Bilan : la drôle de guerre allemande est largement involontaire — Hitler voulait attaquer à l'automne 1939, mais l'OKH a saboté pendant 6 mois. Le résultat paradoxal : le délai imposé par les généraux opposants à Hitler a permis la mise au point du Sichelschnitt qui causera la victoire éclair de mai-juin 1940 — exactement l'inverse de leur intention. La leçon stratégique reste un cas d'école.









