L'invasion de l'Angleterre — l'opération Seelöwe (« Otarie ») — repose sur une condition fixée par Hitler lui-même : la Luftwaffe doit d'abord obtenir la maîtrise du ciel au-dessus de la Manche et du sud de l'Angleterre. Le plan prévoit de faire traverser des troupes sur des barges fluviales tractées, dispositif fragile qui ne peut réussir que par mer calme et sans interférence de la Royal Navy ni de la RAF.
À la mi-septembre, la Kriegsmarine de l'amiral Raeder a rassemblé péniches et remorqueurs dans les ports de la Manche, où ils sont régulièrement bombardés. Surtout, le grand assaut aérien du 15 septembre a tourné court : la chasse britannique reste vigoureuse et la supériorité aérienne n'est pas acquise. La « saison » favorable aux marées et à la météo s'achève, et l'hiver approche.
Hitler doit trancher le 17 septembre. Lancer l'invasion sans maîtrise du ciel serait jouer le sort de dizaines de milliers d'hommes sur la Manche ; renoncer ouvertement reviendrait à admettre un échec et à laisser la guerre se prolonger en 1941, au profit d'une Grande-Bretagne soutenue par l'industrie américaine.
Hitler doit-il lancer Otarie, l'ajourner ou y renoncer ?
Hitler retient B : le 17 septembre 1940, il reporte l'opération Otarie « jusqu'à nouvel ordre ». Officiellement, la menace est maintenue pour fixer les forces britanniques ; en pratique, l'invasion n'aura jamais lieu. Hitler confie à son entourage qu'une traversée ratée coûterait bien plus que les pertes de la campagne de France. Faute d'abattre la Grande-Bretagne, il se tourne vers d'autres voies — étrangler l'île par les U-Boote et le Blitz, fermer la Méditerranée — et, de plus en plus, vers l'Est : l'idée d'attaquer l'URSS, mûrie cet automne, deviendra à l'hiver le plan Barbarossa. Le report d'Otarie marque la première grande limite à l'expansion allemande depuis 1939.









