Mussolini, le Duce et le « coup fait » — Rome, 15 octobre 1940
règne sur l'Italie fasciste depuis le Palazzo Venezia. Humilié de jouer les seconds rôles derrière une Allemagne qui enchaîne les conquêtes, le Duce rêve d'une « guerre parallèle » qui prouverait la puissance italienne sans rien devoir à Berlin.
Une rancœur le ronge : Hitler le met systématiquement devant le fait accompli, en dernier lieu en envoyant des troupes en Roumanie sans l'avertir. « Hitler me met toujours devant le fait accompli », confie-t-il à Ciano ; « cette fois, je vais lui rendre la monnaie de sa pièce. »
Le 15 octobre 1940, Mussolini réunit au Palazzo Venezia un petit cénacle — son gendre et ministre Ciano, le maréchal Badoglio, le général Visconti Prasca commandant en Albanie, Jacomoni et Roatta. Les chefs de la Marine et de l'aviation ne sont même pas conviés. Visconti Prasca promet d'« en finir » avec les 30 000 Grecs d'Épire et de prendre Préveza « en dix à quinze jours », assurant un plan parfait « autant qu'humainement possible ». Seul Badoglio objecte qu'occuper tout le pays exigerait au moins vingt divisions.
L'historien qualifiera cette réunion de l'une des « discussions de stratégie à haut risque les plus superficielles et dilettantes jamais consignées ».
Devant un plan vanté comme parfait, que décide Mussolini pour la Grèce ?
Mussolini choisit A. La réunion s'achève sur un plan résumé par le Duce : « offensive en Épire ; observation et pression sur Salonique ; puis, en seconde phase, marche sur Athènes. » Dans la nuit, l'ambassadeur Grazzi remet un ultimatum au Premier ministre grec Metaxas, qui le repousse — « Alors, c'est la guerre ». Le 28 octobre 1940, six divisions italiennes franchissent la frontière depuis l'Albanie. Le désastre est immédiat : logistique improvisée, montagnes, pluies, et une riposte grecque qui rejette bientôt les Italiens en Albanie. Le 8 novembre, Mussolini limoge Visconti Prasca. L'aventure, loin d'asseoir le prestige du Duce, l'oblige à appeler Hitler à la rescousse — exactement l'humiliation qu'il prétendait fuir.









