Göring au cap Gris-Nez — 7 septembre
Depuis la mi-août 1940, la Luftwaffe de s'acharne sur les aérodromes et les stations radar du Fighter Command britannique dans le sud-est de l'Angleterre. Les pertes sont lourdes des deux côtés, mais l'usure des chasseurs et des pilotes britanniques inquiète sérieusement le commandant en chef adverse, . La supériorité aérienne — condition posée par Hitler à toute invasion — semble à portée.
Or, dans la nuit du 24 au 25 août, des bombardiers allemands égarés ont lâché leurs bombes sur Londres ; la RAF a riposté en bombardant Berlin, humiliant publiquement Göring qui avait juré que la capitale du Reich resterait intouchable. Hitler, furieux, menace désormais de « rayer les villes anglaises ».
Le 7 septembre, Göring se rend en personne au cap Gris-Nez pour trancher l'orientation de l'offensive. La question stratégique est nette : faut-il continuer d'étrangler le Fighter Command sur ses terrains, ou reporter l'effort principal sur Londres — pour briser le moral britannique et, espère-t-on, forcer la RAF à un combat décisif en défense de la capitale ?
Göring doit-il maintenir la pression sur les aérodromes ou faire de Londres la cible principale ?
Göring opte pour B. L'après-midi du 7 septembre — le « Black Saturday » — près de mille appareils déferlent sur les docks de l'East End londonien, ouvrant le Blitz. Ce report soulage paradoxalement le Fighter Command, qui voit ses aérodromes épargnés au moment où ils étaient les plus éprouvés, et lui permet de se reconstituer. Le pari de briser Londres échoue : la ville encaisse, et la RAF, loin d'être anéantie, inflige huit jours plus tard de lourdes pertes à la Luftwaffe. La bascule du 7 septembre est aujourd'hui considérée par les historiens comme l'une des grandes erreurs stratégiques allemandes de 1940 ; le Blitz, lui, durera jusqu'en mai 1941 et tuera plus de 40 000 civils britanniques.









