La promesse de Göring — Opération Adler
Le Reichsmarschall , 47 ans, est l'homme le plus décoré du régime, commandant en chef de la Luftwaffe et héritier désigné d'. As de 14-18, architecte de l'arme aérienne nazie, il a vu sa réputation entamée par l'évacuation alliée de Dunkerque, qu'il avait promis d'écraser depuis le ciel.
La France est tombée. Hitler vient de signer la directive n° 16 (invasion de la Grande-Bretagne) puis la directive n° 17, ordonnant à la Luftwaffe d'« abattre la chasse anglaise avec toutes les forces dont elle dispose ». L'opération aérienne prend le nom d'Adlerangriff (« attaque de l'Aigle »).
Le 1er août, Göring transmet à ses chefs la mission reçue du Führer : briser la RAF. Mais ses propres commandants — et , qui mènent les Luftflotten, et , responsable de la production — voient de gros problèmes : terrains de campagne improvisés en territoire conquis, autonomie réduite des Bf 109 au-dessus de l'Angleterre, pilotes perdus en pays ennemi, production de chasse britannique qui dépasse celle de l'Allemagne.
Göring doit décider ce qu'il promet au Führer.
Promettez-vous d'écraser la RAF par la force brute, ou écoutez-vous vos chefs qui voient les failles ?
Göring tranche pour A. Le 1er août, il déclare à ses généraux : « Le Führer m'a ordonné d'écraser la Grande-Bretagne avec ma Luftwaffe. Par des coups durs, je compte mettre cet ennemi, qui a déjà subi une écrasante défaite morale, à genoux dans le plus proche avenir, afin qu'une occupation de l'île par nos troupes puisse se faire sans aucun risque. » Il balaie les objections de Kesselring, Milch et Sperrle. L'offensive sera lancée sans plan détaillé d'exécution ni doctrine de bombardement stratégique, sur la foi de renseignements flattant l'épuisement supposé de la RAF. La promesse se révélera intenable : la chasse britannique, supérieure en production et combattant sur son sol, ne sera pas brisée, et l'invasion sera ajournée sine die. L'échec entamera durablement le prestige de Göring auprès de Hitler.









