Goering à Carinhall — la promesse à Hitler
, 47 ans, Reichsmarschall et chef de la Luftwaffe, se trouve le 23 mai 1940 dans sa résidence de Carinhall, vaste domaine de chasse de la Schorfheide, au nord-est de Berlin. As de 1918 et numéro deux du régime, il suit de loin la campagne de France.
Sur le terrain, le Sichelschnitt a réussi : les Panzers de la ont atteint la Manche et refermé la nappe sur le BEF et les armées françaises du Nord, refoulés vers la côte autour de Dunkerque. La victoire totale semble à portée de chars.
Mais cette gloire reviendrait au Heer, l’armée de terre de Brauchitsch et Halder, rivale de Goering dans le système nazi. Or Hitler prête une oreille particulière à son vieux compagnon depuis 1933.
Au téléphone, Goering peut revendiquer la mise à mort de la poche pour sa seule Luftwaffe — sans avoir consulté ses commandants de Luftflotte, Kesselring et Sperrle, ni mesuré l’usure de ses unités. Il a quelques minutes pour formuler ce qu’il dira au Führer.
Goering doit-il promettre à Hitler que sa Luftwaffe seule peut anéantir la poche, ou consulter ses généraux d’abord ?
Goering applique A. Le 23 mai, il téléphone à Hitler et réclame que la destruction des forces encerclées soit confiée en priorité à la Luftwaffe. Cette assurance conforte Hitler dans l’idée que le BEF ne s’échappera pas et pèse sur l’ordre d’arrêt des blindés du 24 mai. Mais la promesse se révèle un pari perdu : météo médiocre fin mai, défense antiaérienne dense sur les plages, intervention du RAF Fighter Command depuis l’Angleterre, et une flotte de sauvetage que les bombardiers ne parviennent pas à briser. Plus de 338 000 hommes sont évacués par Dynamo. Dunkerque inaugure une série d’échecs aériens — bientôt la bataille d’Angleterre — qui entament durablement le prestige de Goering. Condamné à Nuremberg, il se suicide au cyanure le 15 octobre 1946, la veille de son exécution.









