Gibraltar après le refus de Hendaye
, maître de l'Europe occidentale à l'automne 1940, cherche à étrangler la Grande-Bretagne sans la débarquer. La Méditerranée devient son obsession : en fermer les 2 verrous priverait Londres de sa route vers Suez et l'Empire.
Le verrou occidental porte un nom — Gibraltar — et un plan : l'opération Felix. Des unités spéciales de la Wehrmacht traverseraient l'Espagne pour enlever le Rocher d'assaut, puis le remettraient à Madrid. Tout repose sur un homme : Franco, dont le pays exsangue dépend du blé et du carburant qu'on voudra bien lui fournir.
Le 23 octobre 1940, à Hendaye, Hitler a passé de longues heures à courtiser le Caudillo. En vain : Franco a multiplié les exigences — Gibraltar, le Maroc français, des vivres, des armes — et émis des doutes sur la victoire allemande tant que l'Angleterre tient. Hitler en est sorti exaspéré, confiant qu'il préférerait « se faire arracher 3 ou 4 dents » que de recommencer.
Le 12 novembre, il signe pourtant la directive n° 18 : Felix doit chasser les Anglais de la Méditerranée occidentale, l'attaque étant envisagée pour janvier 1941. Mais l'amiral Canaris, dépêché de nouveau à Madrid, en rapporte un message limpide : Franco n'entrera pas en guerre tant que la Grande-Bretagne ne sera pas à terre. Hitler tient ses troupes prêtes — et une échéance qui approche.
Berlin, fin 1940, vous êtes Hitler : que décider de Gibraltar face au refus obstiné de Franco ?
Hitler renonça à Felix et reporta l'affaire de Gibraltar : début décembre 1940, après que Canaris lui a rapporté le refus définitif du Caudillo, le Führer abandonne Felix. Vers le 11 décembre, l'ordre tombe : l'opération est annulée « parce que les conditions politiques requises n'existent plus ». À Mussolini, Hitler écrit sa rancœur — il craint que Franco ne commette là « la plus grande faute de sa vie ». Il refuse de violer la neutralité espagnole par la force, geste qui aurait braqué Madrid et ouvert un front coûteux. Une dernière sollicitation, le 6 février 1941, se heurtera au même mur ; Ribbentrop conclura que « Franco n'a aucune intention d'entrer jamais en guerre ». Désormais, le regard d'Hitler se détourne de la Méditerranée occidentale : les divisions promises à Gibraltar seront bientôt requises à l'Est, pour Barbarossa. Gibraltar restera britannique jusqu'au bout du conflit.
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