Sauver un allié qui s'enlise dans les montagnes
Fin 1940, observe l'effondrement d'une initiative qu'il n'avait pas commanditée. Le 28 octobre, Mussolini a lancé l'Italie à l'assaut de la Grèce depuis l'Albanie, sans coordination réelle avec Berlin, espérant un succès rapide.
Le résultat est un désastre. Mal préparée, mal commandée, l'armée italienne s'est heurtée au relief de l'Épire et à une contre-offensive grecque qui l'a refoulée en territoire albanais. À l'approche de l'hiver, le front se fige dans la neige et la boue, et le prestige de l'Axe en pâtit aux yeux du monde.
Pour Hitler, le danger dépasse l'humiliation de son allié. Des escadrilles de la Royal Air Force commencent à s'installer en Grèce ; depuis ces bases, les bombardiers britanniques pourraient menacer l'Italie et, surtout, les champs pétrolifères roumains de Ploiești, vitaux pour une machine de guerre allemande qui prépare en secret l'invasion de l'URSS. Laisser pourrir la situation, c'est risquer un flanc sud-est exposé au printemps. Intervenir, c'est ouvrir un nouveau théâtre balkanique, mobiliser des divisions et négocier le passage à travers les États voisins, au moment précis où le gros des forces doit se tourner vers l'Est.
Hitler doit-il engager la Wehrmacht pour sauver l'allié italien et neutraliser la Grèce, ou laisser l'Italie se débrouiller seule dans les Balkans ?
Hitler choisit A : le 13 décembre 1940, il signe la directive n°20, qui ordonne la préparation de l'opération Marita. Le plan prévoit de masser une force croissante en Roumanie méridionale durant l'hiver, puis de la faire transiter par la Bulgarie pour occuper la côte nord de la mer Égée et, si nécessaire, l'ensemble de la Grèce continentale, l'offensive étant calée sur le retour du beau temps. Cette décision entraîne une chaîne d'engagements diplomatiques dans les Balkans et contribue à retarder le déclenchement de Barbarossa. L'invasion de la Grèce et de la Yougoslavie, lancée le 6 avril 1941, est un succès tactique rapide, mais elle détourne des moyens et du temps à la veille de l'attaque contre l'URSS — un coût stratégique longtemps débattu par les historiens.









