Le pacte germano-soviétique d'août 1939 a partagé l'Europe de l'Est entre Berlin et Moscou, mais les tensions montent : l'Allemagne a envoyé des troupes en Roumanie et garanti ses frontières, empiétant sur la zone d'intérêt soviétique. Pour clarifier les choses, Hitler invite le commissaire aux Affaires étrangères à Berlin les 12 et 13 novembre 1940.
Hitler et Ribbentrop veulent détourner l'URSS vers le sud — vers l'Inde et le golfe Persique — et l'associer à un vaste partage du monde entre l'Axe et Moscou, pour éviter un affrontement immédiat. Mais Hitler a déjà, en secret, l'esprit tourné vers l'invasion de l'URSS au printemps suivant ; cette rencontre est aussi un test des intentions soviétiques.
Molotov, méthodique et inflexible, est porteur des exigences de Staline : garanties sur la Finlande, la Bulgarie, la Roumanie, les détroits turcs (Bosphore et Dardanelles). Il doit décider de l'attitude à tenir face à une Allemagne au faîte de sa puissance : presser fermement les revendications soviétiques, se montrer accommodant pour gagner du temps, ou éluder.
Quelle attitude Molotov doit-il adopter face aux propositions allemandes ?
Molotov choisit A : il presse, point par point, les intérêts soviétiques, exige des éclaircissements sur la présence allemande en Finlande et en Roumanie et réaffirme l'intérêt de Moscou pour les détroits et les Balkans, sans se laisser séduire par les perspectives lointaines vers l'Asie. Pendant que les deux délégations s'abritent d'un raid de la RAF, Molotov demande à Ribbentrop, ironique, de qui sont donc ces bombes si l'Angleterre est « finie ». Sa fermeté convainc Hitler que l'URSS ne se laissera pas détourner et restera un obstacle. La visite échoue : peu après, Hitler donne l'impulsion décisive à la planification de l'invasion de l'URSS (directive Barbarossa, signée en décembre 1940). Berlin marque ainsi le vrai tournant vers la guerre à l'Est.









