Brauchitsch — Chancellerie du Reich, 5 novembre
, 58 ans, est commandant en chef de l'Heer (armée de terre) depuis février 1938 — date du grand renouvellement après la crise Blomberg-Fritsch. Officier de tradition prussienne, conservateur, sceptique de longue date sur la stratégie nazie. Son chef d'état-major est , 55 ans, lui aussi conservateur, partisan d'une certaine retenue militaire.
Le 9 octobre 1939, Hitler a signé la Directive n°6 ordonnant l'offensive à l'Ouest (opération Fall Gelb) pour le 12 novembre 1939. Brauchitsch et Halder ont étudié les plans : la Wehrmacht est en mauvais état après la campagne polonaise — chars endommagés, dépôts vidés, moral des troupes mitigé. Surtout, le plan initial est jugé médiocre : reproduction approximative du plan Schlieffen 1914 par les Pays-Bas et la Belgique, sans surprise tactique, exposant la Wehrmacht à la défaite.
Plus profondément : Brauchitsch et Halder font partie d'un réseau d'opposants conservateurs à Hitler (général , ancien chef de l'EMA, démissionnaire 1938 ; amiral , chef de l'Abwehr ; ambassadeur ; général ). Ce réseau envisage depuis 1938 un putsch militaire contre Hitler en cas d'aventurisme stratégique majeur. L'offensive prématurée à l'Ouest pourrait être l'occasion.
Le 5 novembre 1939, Brauchitsch obtient audience à la Chancellerie du Reich pour présenter à Hitler les objections de l'OKH : la Wehrmacht n'est pas prête, le plan est mauvais, l'offensive doit être reportée au moins jusqu'au printemps 1940. Hitler entre en rage.
Brauchitsch doit-il rester ferme dans son opposition, ou céder ?
Brauchitsch cède — option B. Devant la violence verbale de Hitler (deux heures de monologue dans le bureau de la Chancellerie, témoignages multiples), Brauchitsch sort effondré et ne démissionne pas. Le putsch militaire envisagé par Beck-Canaris-Halder est annulé. Halder écrira dans son journal : « Brauchitsch est sorti livide, incapable de parler. Aucune résistance n'est possible avec un tel chef. » La Directive n°6 reste valide, mais Brauchitsch obtient par subterfuge des reports successifs : les reports nombreux (entre novembre 1939 et mai 1940) seront justifiés par les "conditions météorologiques défavorables" — formule diplomatique masquant la rétention bureaucratique des plans. Cette stratégie de procrastination passive donne le temps à Manstein de présenter en février 1940 le Sichelschnitt (percée des Ardennes) qui transformera radicalement le plan. L'épisode du 5 novembre 1939 illustre la soumission progressive de l'OKH à Hitler — soumission qui durera jusqu'au 20 juillet 1944. Brauchitsch est limogé après la campagne de Russie en décembre 1941, Hitler prenant directement la tête de l'OKH. Halder est limogé en septembre 1942. Survivants tous deux à la guerre, ils témoignent au procès de Nuremberg comme témoins (et non accusés). Brauchitsch meurt en captivité britannique en 1948. Halder meurt en 1972. Le débat historiographique sur leur "résistance ratée" reste vif.









