À l'automne 1940, le Generaloberst , chef d'état-major de l'OKH, le haut commandement de l'armée de terre, supervise la préparation du plan d'invasion de l'Union soviétique, alors désigné en interne sous le nom d'Otto.
Officier méticuleux, Halder a passé l'été à modeler le déploiement de millions d'hommes. Sa conviction est arrêtée : la guerre se gagnera en frappant Moscou, nœud politique, ferroviaire et industriel de l'URSS. Prendre la capitale, pense-t-il, désarticulerait l'État soviétique et forcerait l' à la bataille décisive pour la défendre. Cette lecture, héritée de la tradition d'état-major prussienne, place la masse principale sur l'axe central.
Mais Hitler ne partage pas cette priorité. Il juge Moscou secondaire et veut d'abord détruire l' à l'ouest des grands fleuves, puis saisir les objectifs économiques des flancs : les chantiers et la côte baltique vers Leningrad au nord, les terres céréalières et le bassin industriel d'Ukraine au sud. Le 5 décembre 1940, Halder présente les plans militaires définitifs au Führer lors d'une conférence. Le désaccord sur le centre de gravité de la campagne y affleure, à moins de deux semaines de la directive qui doit figer la stratégie.
Halder doit-il imposer Moscou comme objectif premier de la campagne, ou aligner le plan sur la priorité donnée par Hitler aux flancs ?
Halder choisit C dans la lettre du document : pour ménager le Führer, le plan retient une avance sur trois axes sans trancher clairement le centre de gravité, tout en laissant Halder espérer qu'une fois la campagne lancée, l'axe de Moscou s'imposerait de lui-même. La directive n°21 du 18 décembre 1940 consacre l'ambiguïté, plaçant l'accent initial sur la destruction de l'ennemi et les flancs nord et sud. Lancée le 22 juin 1941, l'invasion révèle le coût de ce compromis : à l'été, Hitler détourne les blindés vers Kiev et Leningrad, retardant la poussée centrale. Quand l'offensive sur Moscou reprend enfin à l'automne, l'hiver et les renforts soviétiques l'arrêtent aux portes de la capitale. L'absence d'objectif unique tranché est devenue l'un des reproches classiques adressés à la planification allemande.









