La clé de la Méditerranée et un allié hésitant
Fin 1940, le Caudillo gouverne une Espagne exsangue, à peine sortie d'une guerre civile qui a ruiné ses campagnes et son réseau de transports. Officiellement « non belligérante », l'Espagne penche vers l'Axe sans s'y être jetée.
Berlin convoite le détroit de Gibraltar, verrou britannique de la Méditerranée occidentale. Le plan Felix prévoit de faire transiter des troupes allemandes par le territoire espagnol pour s'emparer du Rocher, ce qui étranglerait la Royal Navy. Lors de la rencontre d'Hendaye, en octobre, Franco a multiplié les exigences — Gibraltar, le Maroc français, des livraisons massives — et n'a rien promis de net. Hitler en est sorti exaspéré.
Le 5 décembre, le Führer arrête sa décision : il fera demander à Franco l'autorisation de franchir la frontière espagnole, visant une opération début janvier 1941. Deux jours plus tard, le 7 décembre, l'amiral , chef du renseignement militaire allemand, se présente à Madrid pour presser l'Espagne d'entrer en guerre sans délai. Franco connaît le rapport de forces : son pays ne peut nourrir ni ravitailler une armée allemande, et la flotte britannique pourrait répliquer en frappant les Canaries et les possessions d'outre-mer. La demande est sur la table.
Franco doit-il autoriser le passage des troupes allemandes vers Gibraltar et faire entrer l'Espagne en guerre, ou décliner la demande de Canaris ?
Franco choisit B : il refuse, expliquant à Canaris que l'Espagne, affamée et délabrée, ne peut soutenir une armée allemande, et qu'une telle aventure exposerait les Canaries et les colonies à une contre-attaque britannique. De retour, Canaris transmet le rapport ; Hitler décide alors de renoncer à l'opération Felix. En février 1941, l'OKW notifie même à la marine que Felix est écarté, les troupes pressenties étant requises ailleurs — à l'Est. Le Rocher reste britannique pour toute la guerre, et la Méditerranée occidentale demeure ouverte aux convois alliés. Le refus, longtemps présenté comme un coup de maître de prudence, est aussi expliqué par les exigences exorbitantes du Caudillo et par le double jeu de Canaris, qui dissuadait discrètement Franco. L'Espagne restera non belligérante.









