Encerclée par les puissances de l'Axe et leurs alliés, la Yougoslavie du régent prince Paul subit depuis des mois la pression allemande pour rejoindre le Pacte tripartite, dont Berlin a besoin pour faire passer ses armées vers la Grèce. Le 25 mars 1941, le gouvernement yougoslave finit par signer l'adhésion à Vienne — avec la promesse que le pays ne fournirait ni troupes ni passage aux Allemands.
La signature soulève une vive opposition, notamment chez les officiers serbes et dans une partie de l'opinion, hostiles à tout rapprochement avec l'Allemagne. Dans la nuit du 26 au 27 mars, des officiers de l'aviation menés par le général s'emparent de Belgrade, forcent le prince Paul à abdiquer et proclament majeur le jeune roi , 17 ans ; le général prend la tête d'un nouveau gouvernement.
Les putschistes doivent aussitôt définir leur ligne face à l'Allemagne, dont ils savent la réaction redoutable. Faut-il dénoncer ouvertement le pacte signé deux jours plus tôt, au risque de provoquer l'invasion ; le maintenir en façade pour gagner du temps et apaiser Hitler ; ou chercher en hâte des garanties auprès des Alliés et de l'URSS ?
Quelle ligne le nouveau pouvoir doit-il adopter face à l'Allemagne ?
Le gouvernement Simović choisit prudemment B — il évite de dénoncer formellement le pacte et proclame vouloir la paix — mais la nuance échappe à Hitler. Furieux qu'un coup d'État ait renversé un gouvernement qui venait de céder, le Führer déclare le jour même vouloir « détruire la Yougoslavie » et ordonne une invasion immédiate, repoussant d'autant son attaque contre l'URSS. Le 6 avril, la Wehrmacht écrase la Yougoslavie en moins de deux semaines. Le coup de Belgrade, geste de défi largement populaire mais militairement intenable, précipite la catastrophe qu'il prétendait conjurer ; l'historien John Keegan le qualifiera de « l'un des actes de défiance les plus irréalistes, quoique romantiques, de l'histoire européenne moderne ». Il aura toutefois contribué à retarder Barbarossa de plusieurs semaines.









