Conseil de guerre — quitter la Norvège centrale ?
, Premier ministre britannique, préside fin avril 1940 un Cabinet de guerre confronté au naufrage de l'expédition de Norvège. Quelques jours plus tôt, il avait assuré que Hitler avait « manqué le coche ». Mais les forces anglo-françaises débarquées à Namsos et Åndalsnes pour reprendre Trondheim ont été assemblées à la hâte, sans cartes, sans transports, sans transmissions fiables.
Sur le terrain, la situation se dégrade. La Luftwaffe a la maîtrise totale du ciel en Norvège centrale et pilonne Namsos sans relâche ; il n'y a aucun couvert naturel et la côte norvégienne est trop éloignée des bases aériennes britanniques. Les généraux Carton de Wiart et Paget mènent des combats retardateurs contre des troupes allemandes appuyées par chars, artillerie et aviation. Six plans d'opérations successifs ont déjà été écartés ; les réunions de Londres tournent à la confusion.
Les ministres sont pris entre deux logiques. La tenue de la Norvège a un poids politique réel — pour les neutres, pour les Norvégiens à qui Londres a fait des promesses, pour le crédit de l'alliance —, mais sa valeur militaire est désormais incertaine au regard du prix à payer. Les Français arrivent à Londres pour un Conseil suprême de guerre. Chamberlain et son Cabinet doivent trancher le sort de la Norvège centrale.
Évacuerez-vous la Norvège centrale, ou tiendrez-vous malgré la suprématie aérienne allemande ?
Chamberlain et le Cabinet choisissent A. Les Français, stupéfaits par la proposition soudaine de quitter la Norvège, s'y opposent ; repart pour Paris croyant avoir fléchi Londres — mais deux heures plus tard, l'ordre d'évacuation est donné. Reynaud qualifie le ministère britannique de « vieillards qui ne savent pas prendre un risque ». Les commandants locaux reçoivent même la consigne de ne pas prévenir les Norvégiens de leur départ, et de partir, simplement. L'évacuation de Namsos et Åndalsnes scelle l'abandon de la Norvège centrale. Le fiasco norvégien provoquera, début mai 1940, le débat des Communes qui emporte Chamberlain : le 10 mai, jour de l'offensive à l'ouest, Churchill lui succède. L'affaire a durablement nourri la méfiance entre états-majors britannique et français.









