Łódź — sceller le ghetto
Un fonctionnaire de l'administration municipale de Litzmannstadt — nom allemand imposé à Łódź après l'annexion au Reichsgau Wartheland — applique en avril 1940 une décision préparée depuis l'automne. La ville, deuxième de Pologne, compte la plus forte communauté juive du territoire incorporé.
Depuis le décret de ghettoïsation annoncé le 8 février 1940, le quartier nord, le plus insalubre — Bałuty et la vieille ville —, a été désigné pour y enfermer environ 160 000 personnes. Les services de santé allemands réclament un bouclage « hermétique » au nom du risque épidémique ; l'administration y voit une mesure « provisoire », dans l'attente d'une expulsion ou d'un transfert ultérieur.
Le fonctionnaire dispose des chiffres : rations envisagées, densité d'entassement, absence de tout plan d'approvisionnement sérieux. Murer ce quartier, c'est couper 160 000 habitants de la ville, de leur travail, de leurs réserves, sans qu'il sache quelles conséquences en découleront ni à quelle échéance. L'ordre d'établir le cordon et les barrières est prêt pour ce 30 avril 1940. Reste à décider de son périmètre et de sa rigueur.
Devez-vous sceller ce quartier comme prévu, retarder l’opération, ou en limiter la portée ?
Le fonctionnaire applique A. Le 30 avril 1940, le ghetto de Łódź est hermétiquement scellé : environ 160 000 Juifs sont enfermés derrière barbelés et postes de garde, premier grand ghetto fermé d'Europe occupée. Coupés de tout, ils dépendent de rations dérisoires : la faim devient, de fait, une arme. La logique « productionniste » — faire travailler le ghetto plutôt que le laisser mourir aussitôt — finit par l'emporter localement : des dizaines d'ateliers y sont montés. Cela ne lève pas la faim. En 1941, plus de 11 000 personnes y meurent d'épuisement et de maladie. Le ghetto de Łódź sera le plus durable du Reich, liquidé seulement à l'été 1944 vers Chełmno et Auschwitz. La décision administrative de 1940 inaugure le modèle de confinement appliqué ensuite à Varsovie et ailleurs.









