, 39 ans, Reichsführer-SS, dirige l’appareil de police et l’ensemble des SS — donc la machine de persécution du Reich. En mai 1940, alors que la victoire à l’Ouest se dessine, il rédige à l’intention d’Hitler un mémorandum secret sur le « traitement des populations allogènes à l’Est ».
Les conquêtes placent sous contrôle allemand plus de cinq millions de personnes considérées comme juives — une minorité ordinaire et largement démunie, mais désignée par l’idéologie nazie comme l’ennemie absolue. Au sein du régime, plusieurs « écoles » s’opposent sur ce qu’ils nomment la « question juive » : expulsion hors d’Europe, exploitation comme main-d’œuvre, ou enfermement dans des ghettos jusqu’à l’extinction. Aucune décision d’extermination systématique n’a encore été arrêtée, et aucun ordre écrit en ce sens n’existe.
Himmler doit fixer par écrit une orientation. Des projets de « solution territoriale » circulent : déporter les Juifs vers une colonie lointaine. La chute imminente de la France ouvrirait l’accès à Madagascar, colonie française, et la reddition espérée de la Grande-Bretagne garantirait le passage maritime.
Coucher cette ligne sur le papier, c’est arbitrer entre méthodes de persécution et donner une direction officielle à toute la SS.
Quelle orientation devez-vous inscrire dans ce mémorandum sur le sort des Juifs d’Europe ?
Himmler retient A. Dans son mémorandum du 25 mai 1940, Quelques réflexions sur le traitement des populations allogènes à l’Est, il rejette « la méthode bolchevique de l’extermination physique d’un peuple » comme « non-germanique et impossible », et espère voir « la notion de Juif complètement éteinte par la possibilité d’une grande émigration de tous les Juifs vers l’Afrique ou l’une des colonies ». Hitler annote « tout à fait juste ». Le ministère des Affaires étrangères élabore alors le Plan Madagascar : déporter les Juifs sur l’île, sous garde policière. Le projet, à l’ampleur génocidaire — l’île ne pouvait nourrir une telle population —, est rendu impraticable dès la fin 1940 par le refus britannique de capituler et le manque de navires. Abandonnée, la « solution territoriale » cédera la place, en 1941, au meurtre de masse industriel.









