À quelques semaines de l'invasion de l'Union soviétique (opération Barbarossa), Hitler veut que cette guerre soit menée autrement que les précédentes. Dans sa vision, il ne s'agit pas d'une campagne ordinaire mais d'une « guerre d'anéantissement » idéologique et raciale contre le « judéo-bolchevisme ». Reste à traduire cette intention en instructions concrètes pour les millions de soldats de la Wehrmacht.
Le haut commandement (OKW et OKH) doit définir le régime juridique applicable aux territoires soviétiques envahis et aux civils. La tradition militaire et le droit de la guerre prévoient que les exactions soient jugées par des tribunaux militaires, et que les attaques de civils relèvent de procédures encadrées.
Hitler tranche sur le principe : la conduite de cette guerre doit-elle rester soumise aux lois et tribunaux militaires habituels, qui limiteraient la violence contre les civils ; suspendre ces garanties pour donner aux troupes une large latitude répressive ; ou aller jusqu'à exonérer par avance les soldats de toute poursuite pour leurs actes contre les populations ? Le choix déterminera le visage de la guerre à l'Est.
Quel cadre juridique Hitler fixe-t-il pour la conduite de la guerre à l'Est ?
Hitler impose B et C. Le 13 mai 1941, il signe le Kriegsgerichtsbarkeitserlass (« décret sur la juridiction militaire »), dit décret Barbarossa : les actes de civils soviétiques échappent aux tribunaux et peuvent être réprimés « sur-le-champ » et par des représailles collectives ; surtout, les crimes commis par les soldats allemands contre des civils ne donneront plus lieu, en principe, à poursuite. Complété peu après par l'« ordre concernant les commissaires » (exécution des commissaires politiques de l'), il fournit le cadre juridique des massacres de masse à venir. Ces « ordres criminels » lient directement la Wehrmacht aux crimes de l'Est et ruinent après-guerre le mythe d'une armée « propre » restée à l'écart des atrocités. Ils précèdent de quelques semaines l'entrée en action des .









