Hitler — la veille de Barbarossa
Au soir du 21 juin 1941, s'apprête à lancer la plus grande invasion terrestre de l'Histoire. Depuis des mois, la Wehrmacht a massé à l'est environ 3,5 millions d'hommes, plus de 3 000 chars et 2 700 avions, sur un front de 1 600 km, de la Baltique à la mer Noire, en violation du pacte germano-soviétique d'août 1939 que les deux dictatures n'ont cessé de bafouer.
Pour Hitler, l'invasion de l'URSS répond à l'obsession idéologique de l'« espace vital » (Lebensraum) à l'Est et à la destruction du « judéo-bolchevisme ». Il est convaincu, comme une partie de son état-major, que « il suffit d'enfoncer la porte pour que tout l'édifice pourri s'effondre » — que l'URSS s'effondrera en quelques semaines.
Tout n'est pourtant pas tranché. La planification a hésité entre faire de Moscou l'objectif décisif ou disperser l'effort vers Leningrad et l'Ukraine ; la date a glissé de mai à juin, en partie à cause de la campagne des Balkans. À la veille de l'attaque, Hitler doit confirmer le déclenchement et la conception de cette guerre.
Hitler doit-il lancer Barbarossa le 22 juin comme prévu, et selon quelle conception ?
Hitler confirme B. À 3h15 le 22 juin 1941, Barbarossa se déclenche sur tout le front. La conception retenue n'est pas une guerre ordinaire : elle est doublée des « ordres criminels » (ordre des commissaires, décret Barbarossa) qui font de la Wehrmacht l'instrument d'une politique d'extermination. Les premières semaines semblent valider l'optimisme allemand — encerclements gigantesques, centaines de milliers de prisonniers —, mais l'« édifice » soviétique ne s'effondre pas. L'ambiguïté sur l'objectif principal (Moscou ou les flancs) paralysera bientôt la conduite des opérations. Barbarossa devient la guerre la plus meurtrière de l'Histoire et, à terme, le tombeau du Reich. Hitler vient d'ouvrir le front qui le perdra.









