Krupp et le canon du fauve
Au printemps 1941, l'Armée allemande lance deux constructeurs rivaux, Henschel et Porsche, sur un char lourd de 45 tonnes. Mais une seule maison est chargée de concevoir et fabriquer la tourelle commune aux deux châssis : Krupp, à Essen. Le bureau d'études dirigé par tient là une pièce maîtresse du programme.
Reste à fixer le canon, et le choix engage toute la conception de la tourelle, son diamètre, son blindage, sa logistique de munitions. Trois voies s'affrontent. Une pièce dérivée du célèbre canon antiaérien de 88 mm, encombrante mais puissante. Un canon de 75 mm à âme conique, d'une vélocité redoutable mais gourmand en obus à noyau de tungstène. Ou un 75 mm classique à long tube, plus sobre. Les contrats de tourelles sont déjà en cours de modification, et la décision doit tomber dans les semaines qui viennent.
Quel armement Krupp doit-il retenir pour la tourelle du futur char lourd allemand ?
Krupp retint le canon de 8,8 cm KwK 36, dérivé du Flak 88, qui équipa la tourelle commune aux prototypes Porsche et Henschel et, finalement, le Tiger I de série. La variante à âme conique (7,5 cm Waffe 0725) fut bel et bien contractée en juin 1941 pour six tourelles, puis abandonnée dès juillet 1941 : l'Allemagne manquait de tungstène pour gaspiller ce métal stratégique dans des obus de char. L'alternative 7,5 cm L/70 proposée par Rheinmetall fut écartée pour le char lourd (elle équipera plus tard le Panther). La tourelle Krupp à canon de 88 devint l'une des signatures du Tiger.









