L'« Uranverein » allemand : une priorité refusée
Contrairement à une idée reçue, le programme atomique allemand n'est pas lancé en 1942 : il existe depuis 1939. Une première association de l'uranium (Uranverein) se forme en avril 1939 sous l'égide du ministère de l'Éducation du Reich, après que des physiciens eurent signalé les applications militaires de la fission découverte par et fin 1938. Une seconde, plus structurée, est créée le 1er septembre 1939 sous le contrôle de l'Office de l'armement de l'armée de terre (Heereswaffenamt) et de . Le Kaiser-Wilhelm-Institut de physique (KWI) de Berlin-Dahlem en devient le centre.
En 1941, dirige les travaux théoriques depuis Leipzig (il ne dirigera le KWI qu'en 1942) ; les expériences de pile y sont menées par . L'effort est éclaté entre une dizaine d'instituts autonomes — Diebner à Gottow, Harteck à Hambourg, Bothe à Heidelberg, Clusius à Munich — qui se disputent des ressources rares. Les Allemands misent sur l'eau lourde (usine Norsk Hydro de Vemork, en Norvège occupée), et une mesure faussée de Bothe écarte le graphite, voie que d'autres exploreront.
Fin 1941, les estimations sur les délais et le coût d'une arme divisent les physiciens, tandis que les fronts réclament des armements immédiats — fusées, avions à réaction, blindés. La fission entre en concurrence avec ces programmes pour des matériaux et des crédits comptés. Les grands arbitrages sur le rang de priorité à accorder à l'uranium restent à venir : faut-il en faire une affaire d'État ou la laisser au statut de recherche ?
Quelle trajectoire prend le programme nucléaire allemand fin 1941 ?
Le programme conserva un rang de priorité modeste et accumula du retard. Fin 1941, la conviction dominante, partagée par Heisenberg, était qu'une bombe utilisable restait à des années de distance, et les priorités allèrent aux fusées et aux avions à réaction. L'Uranverein, actif depuis 1939 sous l'Office de l'armement puis transféré au Conseil de recherche du Reich en 1942, demeura un réseau décentralisé d'instituts rivaux, structurellement incapable de rivaliser avec la concentration de moyens du projet Manhattan. La dépendance à l'eau lourde norvégienne, l'erreur sur le graphite (mesure biaisée de Bothe) et le budget dérisoire scellèrent l'échec ; le graphite, écarté à tort, mènera les Américains à la première pile critique en décembre 1942. Lors de la conférence du 4 juin 1942, Speer et les responsables conclurent qu'aucune bombe n'était envisageable avant des années et réorientèrent l'effort vers la production d'énergie, sans crash program. Aucune arme atomique allemande ne vit le jour avant la fin de la guerre.









