Peenemünde : produire avant d'avoir volé
À l'automne 1941, le centre de Peenemünde réunit l'essentiel des technologies du A-4 : grand moteur-fusée à ergols liquides, aérodynamique supersonique, pilotage gyroscopique. Mais aucune fusée n'a encore réussi un vol complet, les tirs d'essai restent capricieux et Hitler, peu impressionné, refuse d'accorder au programme la priorité absolue parmi les fabrications de guerre.
doit pourtant décider de la suite industrielle. Faut-il engager dès maintenant d'immenses moyens dans une usine pilote de série sur l'île même, alors que l'arme n'est pas au point ? Ou attendre une mise au point achevée et un premier vol convaincant avant d'immobiliser des ressources rares ?
De ce choix dépend le calendrier de toute l'arme : prendre de l'avance au risque de produire un engin défaillant, ou sécuriser la technique au risque de tout retarder.
Comment Dornberger oriente-t-il l'industrialisation du A-4 en cet automne 1941 ?
Dornberger a plaidé avec acharnement pour lancer sans attendre la construction d'une usine pilote de série à Peenemünde même (le Versuchsserienwerk, dont la halle d'assemblage F1, alors l'une des plus grandes halles autoportantes d'Europe), afin d'y rôder la production en série avant de la transférer à l'industrie. Ce pari d'industrialiser avant la mise au point fut tenu : le premier vol A-4 pleinement réussi n'eut lieu que le 3 octobre 1942, et Hitler ne signa l'ordre de production de masse qu'en décembre 1942. L'usine de Peenemünde fut visée par le raid britannique Operation Hydra en août 1943, ce qui poussa la production souterraine au Mittelwerk.









