Les premiers convois vers Mourmansk
À l'automne 1941, l'Union soviétique vacille sous le choc de l'opération Barbarossa et réclame d'urgence l'aide matérielle de ses nouveaux alliés occidentaux. Pour acheminer chars, avions, camions et matières premières vers les ports du Grand Nord soviétique, une seule voie maritime praticable s'ouvre : celle de l'Arctique, contournant la pointe septentrionale de la Norvège pour atteindre Mourmansk et Arkhangelsk. Le convoi Dervish a ouvert la marche en août, et un nouveau train de navires marchands escortés par la Royal Navy se prépare à appareiller.
Les conditions de navigation y sont parmi les plus rudes du globe. Le froid mord les coques et les hommes, les tempêtes se lèvent sans prévenir, et la nuit polaire qui approche bouleverse les calculs de visibilité. La banquise descend vers le sud, refermant peu à peu le couloir navigable et rapprochant les bâtiments des côtes ennemies.
Car la menace n'est pas seulement climatique. Depuis la Norvège occupée, la Kriegsmarine et la Luftwaffe surveillent ces eaux : U-Boote en maraude, bombardiers et avions de reconnaissance guettent le moindre panache de fumée. Tracer la route, c'est arbitrer entre la distance, la glace et la portée de l'adversaire avant l'appareillage.
Quelle route faut-il choisir pour mener ce convoi jusqu'à Mourmansk ?
Le commandement choisit le large détour septentrional, faisant route au plus près de la banquise pour maximiser la distance avec les aérodromes et les bases sous-marines allemandes de Norvège occupée. À l'automne 1941, ce calcul paie : les premiers convois PQ, comme PQ-1 parti fin septembre dans le sillage du convoi Dervish d'août, parviennent à Mourmansk et Arkhangelsk pratiquement sans pertes, l'ennemi sous-estimant encore l'importance de ce trafic et la nuit polaire offrant un précieux écran d'obscurité. Cette réussite initiale ancre la conviction que la route arctique est tenable. Mais l'accalmie est trompeuse : à mesure que l'aide alliée gonfle et que la Kriegsmarine concentre U-Boote, bombardiers et grands navires en Norvège, la route de Mourmansk devient en 1942 l'une des plus meurtrières de la guerre, jusqu'au désastre du convoi PQ-17 dispersé et décimé en juillet 1942.









