Leningrad encerclée : où mettre le pain ?
À Leningrad, un responsable soviétique du ravitaillement tient les comptes que la population ignore : combien de jours de vivres pour près de trois millions d'habitants. La ville, mal préparée à un siège, a laissé fondre ses réserves au fil de l'été, comptant sur une victoire rapide qui n'est pas venue.
Ce 8 septembre 1941, les troupes du atteignent le lac Ladoga et coupent la dernière voie ferrée : l'encerclement terrestre se referme. Désormais, plus rien n'entre que par le lac ou par les airs, et l'hiver approche.
Une grande partie des denrées est concentrée dans un même ensemble de vieux magasins de bois, les entrepôts Badaïev, bien repérables du ciel alors que la Luftwaffe intensifie ses raids. Les chiffres réels demeurent un secret soigneusement gardé : les divulguer attiserait la panique.
Le responsable doit trancher vite : maintenir les vivres regroupés pour mieux contrôler la distribution, les disperser dans la ville pour réduire le risque des bombes, ou en expédier une part vers l'est par le Ladoga tant que le lac reste praticable.
Le responsable du ravitaillement de Leningrad doit-il maintenir ses réserves concentrées, les disperser dans la ville, ou en évacuer une part vers l'est ?
Le choix se porta sur le maintien des stocks regroupés. Le soir du 8 septembre 1941, un raid de la Luftwaffe incendia les entrepôts Badaïev : environ 3 000 tonnes de farine et 2 500 tonnes de sucre partirent en fumée. L'image des flammes et du sucre fondu coulant dans les caves devint le symbole de la famine qui suivit. Le rationnement s'effondra jusqu'à la ration de pain de 125 grammes (souvent coupé de succédanés) de novembre 1941 à février 1942. La famine tua, selon les estimations, de 600 000 à plus d'un million de civils, le pic dépassant 100 000 morts par mois durant l'hiver. L'historiographie a toutefois nuancé le mythe : les denrées de Badaïev ne représentaient que un à trois jours de consommation. Le blocus organisé par Hitler, et non l'incendie seul, fut la véritable cause de la catastrophe.









