Le charbon britannique pour l'hiver 1939
À l'automne 1939, le Royaume-Uni en guerre dépend du charbon pour ses usines, ses foyers, ses chemins de fer et sa flotte. Mais la mobilisation a appelé sous les drapeaux nombre de mineurs expérimentés, et d'autres sont partis vers des industries mieux payées : la production peine alors même que la demande de guerre s'envole. La « drôle de guerre » n'a pas encore apporté de grands bombardements, mais l'hiver approche.
Le Mines Department, rattaché au Board of Trade, avait préparé avant-guerre des plans de contrôle de la distribution et des prix du charbon. La France alliée, gros client du charbon britannique, réclame des livraisons massives au moment même où les besoins intérieurs se tendent.
Le fonctionnaire chargé du dossier doit arbitrer la répartition d'une ressource rare. Faut-il instaurer un contrôle d'État strict, allouant le charbon en priorité aux industries de guerre par les circuits existants de commercialisation ? Honorer d'abord le programme d'exportation vers la France au risque de tendre l'approvisionnement domestique ? Ou laisser le marché et les prix répartir la pénurie ? Le choix engage à la fois l'effort de guerre, l'alliance et le confort des foyers pour l'hiver.
Comment répartir le charbon rare : par contrôle d'État prioritaire, en privilégiant l'exportation vers la France, ou en laissant faire le marché ?
Le gouvernement britannique place la distribution et le prix du charbon sous contrôle, en s'appuyant sur les circuits de commercialisation existants et sur le Mines Department, et établit un système de priorités au profit des industries essentielles à la guerre, tout en cherchant à honorer les livraisons à la France. La position du charbonnage est inscrite dans le Schedule of Reserved Occupations, mais la pénurie de main-d'œuvre persiste tout au long du conflit — elle conduira, fin 1943, à enrôler de force des conscrits dans les mines, les « Bevin Boys ». Le rationnement domestique généralisé du combustible ne sera, lui, proposé qu'en 1942 (plan Beveridge fondé sur une ration par foyer et par personne), avant d'être abandonné face à l'opposition publique. L'épisode illustre comment la « drôle de guerre » fut une période d'apprentissage des restrictions et de l'économie dirigée.









