Le ministre, la flotte et les assiettes vides
Depuis janvier 1940, le Royaume-Uni rationne le beurre, le sucre, puis la viande, le fromage et les œufs. En ce début 1941, les importations alimentaires ont chuté de moitié et les pertes infligées par les sous-marins allemands étranglent l'approvisionnement.
, ancien dirigeant de grands magasins devenu ministre de l'Alimentation, est un communicant redoutable : il a fait de la « Woolton Pie » un symbole de la solidarité nationale. Mais nourrir une population entière tout en soutenant l'effort de guerre relève de l'équation impossible.
Il lui faut arbitrer entre l'estomac des civils, dont le moral est jugé vital, et les besoins en protéines des armées, sans certitude que l'aide étrangère suivra.
Pour nourrir 47 millions de Britanniques avec une flotte marchande harcelée par les U-Boote, sur quel levier Woolton doit-il miser en priorité au début de 1941 ?
Woolton mise sur l'approvisionnement extérieur américain : en mars 1941, le premier accord de prêt-bail (Lend-Lease) ouvre les vannes des importations, faisant arriver le Spam, le « Mor » et d'autres conserves. Couplé au programme canadien, ce flux transatlantique assure dès 1942 des stocks suffisants, tandis que le rationnement intérieur est maintenu et resserré (thé, margarine, matières grasses) pour répartir équitablement la pénurie. Le pari sur l'aide alliée, plutôt que sur la seule austérité civile, sauve l'équilibre alimentaire britannique.









