Coventry — la nuit du 14 novembre
Centre industriel des Midlands, Coventry concentre des usines d'armement, d'aviation et de machines-outils. Dans la nuit du 14 au 15 novembre 1940, la Luftwaffe lance contre elle l'opération Moonlight Sonata : plus de 400 bombardiers, guidés par radiophares, doivent détruire la ville en une attaque concentrée — une démonstration de la « guerre des ondes » et du bombardement de zone.
La ville médiévale, à l'urbanisme dense et aux maisons anciennes, est terriblement vulnérable. Les premières vagues larguent des bombes incendiaires qui allument d'innombrables foyers ; les vagues suivantes ajoutent des bombes explosives qui gênent les secours et alimentent un firestorm. L'eau vient à manquer quand les conduites sont rompues.
Cette nuit-là, les services de défense civile — pompiers, ARP wardens, ambulanciers — affrontent un brasier qui dépasse leurs moyens. Faut-il disperser les équipes pour sauver le plus de vies possible dans les quartiers d'habitation, concentrer l'effort sur les usines d'armement jugées prioritaires, ou se replier pour préserver des sauveteurs face à un incendie incontrôlable ?
Comment les secours de Coventry doivent-ils répartir leur effort cette nuit-là ?
Les secours s'efforcent surtout d'appliquer A, mais l'ampleur du désastre les submerge. Le bombardement, l'un des plus destructeurs du Blitz, tue environ 568 personnes, en blesse des centaines, détruit le centre médiéval et la cathédrale Saint-Michel, dont les ruines deviendront un symbole. Des dizaines d'usines sont endommagées, mais la production redémarre en quelques semaines. Les nazis forgent le verbe coventrieren (« coventryser ») pour désigner l'anéantissement d'une ville. La thèse selon laquelle Churchill, averti par les décryptages Ultra, aurait sciemment laissé Coventry être détruite pour protéger ce secret est aujourd'hui largement réfutée : les renseignements ne désignaient pas clairement la cible à temps. Coventry reste l'emblème du martyre des villes sous les bombes.









