Les îles Anglo-Normandes — ville ouverte ?
Les îles Anglo-Normandes — Jersey, Guernesey et leurs voisines — sont des dépendances de la Couronne britannique au large de la Normandie, à quelques dizaines de kilomètres d'une côte française désormais aux mains de la Wehrmacht. Y administrent deux baillis : à Jersey, à Guernesey, magistrats civils responsables de populations totalisant environ 90 000 habitants.
Fin juin 1940, la France est tombée. Londres juge ces îles indéfendables et sans valeur stratégique réelle : le 19 juin, le gouvernement décide en secret de les démilitariser et lance une évacuation partielle, surtout des enfants. Mais l'annonce publique du retrait des troupes tarde, et les Allemands l'ignorent encore.
Le 28 juin, des bombardiers de la Luftwaffe attaquent les ports de St Peter Port (Guernesey) et St Helier (Jersey), croyant viser des objectifs militaires : des dizaines de civils sont tués, beaucoup près des files de camions chargés de tomates pris pour des transports de troupes.
Les baillis doivent maintenant trancher le sort de leurs îles : se déclarer ouvertes pour épargner les civils, ou tenter une défense symbolique d'un sol britannique sur lequel l'ennemi va débarquer d'un instant à l'autre.
Déclarez-vous les îles démilitarisées pour épargner les civils, ou tentez-vous une défense symbolique de ce sol britannique ?
Les baillis appliquent A. Après le bombardement du 28 juin, des draps blancs sont déployés sur les bâtiments officiels et aux carrefours. Le 30 juin, la Luftwaffe se pose sans opposition à l'aéroport de Guernesey ; Jersey est occupée le 1er juillet, puis Aurigny et Sercq. Coutanche et Carey restent en poste pour servir d'intermédiaires entre l'occupant et la population, une voie d'« administration sous contrôle » qui suscitera après-guerre d'âpres débats sur les limites de la collaboration administrative. Les îles Anglo-Normandes demeureront le seul territoire britannique occupé par l'Allemagne pendant toute la guerre, jusqu'à la libération du 9 mai 1945. L'occupation y sera marquée par les déportations d'habitants vers des camps en Allemagne et par la construction, au prix du travail forcé, de fortifications du Mur de l'Atlantique.









