Une capitale pour l'État français — 28 juin
Fin juin 1940, le gouvernement Pétain doit quitter Bordeaux, car la côte atlantique passe sous occupation allemande. Il faut une capitale provisoire en zone libre, et le choix doit être fait en quelques jours : l'armistice impose l'évacuation de la zone occupée, et toute l'administration doit se réinstaller en catastrophe avant que la ligne de démarcation ne se referme. Plusieurs villes sont examinées.
Lyon, deuxième ville de France, offre prestige et capacité, mais elle est jugée trop proche de la ligne de démarcation et politiquement « à gauche ». Clermont-Ferrand, en Auvergne, est neutre mais mal équipée en hôtels et en bureaux. Marseille est trop éloignée et vulnérable côté mer. Toulouse et Pau sont aussi évoquées. Aucune ville ne réunit aisément l'hébergement, les bureaux et les liaisons qu'exigent des ministères entiers et des milliers de fonctionnaires déplacés.
Le choix, en apparence logistique, est aussi politique : il s'agit d'installer durablement un pouvoir, à distance de Paris occupée mais doté des moyens de gouverner. Pétain et son entourage doivent trancher entre prestige, neutralité et capacité matérielle.
Quelle ville le gouvernement Pétain doit-il choisir comme capitale ?
Pétain choisit C, la solution dictée par la seule capacité d'accueil. Vichy, paisible ville d'eaux de 25 000 habitants, dispose de plusieurs centaines d'hôtels capables de loger les ministères, d'un casino utilisable comme salle de réunion parlementaire et d'un réseau téléphonique moderne. Le gouvernement s'y installe à partir du 1er juillet 1940. L'Hôtel du Parc devient la résidence du maréchal et le siège du pouvoir ; le casino est aménagé pour accueillir l'Assemblée nationale, qui y votera les pleins pouvoirs le 10 juillet. L'expression « régime de Vichy » s'impose aussitôt. La ville restera la capitale de l'« État français » jusqu'en août 1944, et son nom deviendra le synonyme historique de la collaboration. Ce choix, dicté par des considérations hôtelières, attachera durablement à une station thermale la mémoire la plus lourde de l'histoire française du XXe siècle.









