Le 10 juillet 1940, réunis à Vichy, les députés et sénateurs de la IIIe République doivent se prononcer sur un projet qui confie au maréchal Pétain les pleins pouvoirs constituants — c'est-à-dire le droit de réécrire la Constitution. Dans le désarroi de la défaite, beaucoup voient en Pétain, le « vainqueur de Verdun », un recours et un sauveur.
L'enjeu est le sort même de la République. Voter les pleins pouvoirs, c'est saborder le régime parlementaire et remettre l'État entre les mains d'un homme et de son entourage, dans l'espoir de l'ordre et du redressement. Refuser, c'est défendre la légalité républicaine, mais à contre-courant d'une opinion sonnée et d'un climat de panique, et sans véritable alternative organisée.
Chaque parlementaire peut voter pour les pleins pouvoirs, par confiance en Pétain ou résignation. Voter contre pour défendre la République, au risque de l'isolement. Ou s'abstenir / s'absenter. La pression, la confusion et l'absence des parlementaires partis sur le Massilia pèsent sur le scrutin. C'est l'acte de naissance juridique du régime de Vichy.
Les parlementaires doivent-ils voter les pleins pouvoirs à Pétain, voter contre, ou s'abstenir ?
L'Assemblée vote massivement A : le 10 juillet 1940, par 569 voix contre 80 (et une vingtaine d'abstentions), les parlementaires accordent les pleins pouvoirs constituants à Pétain, mettant fin à la IIIe République. Le lendemain, Pétain s'octroie les pleins pouvoirs et instaure l'« État français ». Les 80 qui ont voté non — restés dans l'histoire comme les « quatre-vingts » — deviendront un symbole de résistance républicaine. Ce vote, obtenu dans la sidération de la défaite, ouvre la voie au régime autoritaire de Vichy, à la « Révolution nationale » et à la collaboration. Il pose, encore aujourd'hui, la question de la responsabilité d'un Parlement ayant abdiqué entre les mains d'un homme.









