L'amiral , 58 ans, commande la Marine nationale française — environ 175 000 hommes et l'une des plus puissantes flottes du monde, intacte alors que l'armée de terre s'effondre. Le 16 juin, Reynaud est tombé ; le 17, Pétain a demandé l'armistice. Darlan a juré aux Britanniques que jamais la flotte française ne tomberait aux mains des Allemands. Cette flotte aligne des bâtiments modernes — les cuirassés rapides Dunkerque et Strasbourg, le tout neuf Richelieu — dispersés entre Toulon, l'Afrique du Nord et l'Atlantique.
Le 20 juin, il apprend que Pétain accepte le principe de l'armistice. Le projet d'article 8 prévoit que la flotte sera rassemblée dans des ports « à déterminer » et désarmée sous contrôle germano-italien — formule dont l'ambiguïté inquiète Londres au plus haut point.
Darlan détient une puissance autonome considérable et plusieurs options structurelles : saborder préventivement la flotte avant toute signature ; rallier l'Angleterre en bloc, en rupture avec Pétain ; ou disperser les navires dans les ports de l'Empire (Toulon, Mers-el-Kébir, Alger, Dakar) en appliquant l'armistice. Le sort de la quatrième marine du monde dépend de son arbitrage.
Que doit faire Darlan des grands bâtiments de la flotte ?
Darlan choisit C. Refusant le sabordage immédiat comme le ralliement à Londres, il fait confiance à l'article 8, qui maintient les navires sous pavillon français dans des ports français ou coloniaux. Le 24 juin, il adresse toutefois un ordre secret aux commandants : saborder les bâtiments si l'occupant tente de s'en emparer. Cette confiance dans l'armistice se révélera tragique : les Britanniques, redoutant que la flotte ne serve un jour à Hitler, l'attaqueront à Mers-el-Kébir le 3 juillet. Darlan, rallié à Vichy, en deviendra dauphin puis chef du gouvernement ; passé aux Alliés en Afrique du Nord en novembre 1942, il sera assassiné à Alger le 24 décembre 1942. Sa décision de juin 1940 ouvre l'engrenage qui mène au drame de Mers-el-Kébir.









