Le sort de la flotte française
À l'armistice, la flotte française — l'une des plus puissantes du monde, et largement intacte — devient un enjeu stratégique majeur. Les Britanniques redoutent qu'elle ne tombe aux mains de l'Axe ; l'Allemagne et l'Italie la convoitent ; Vichy entend la conserver comme gage de souveraineté. L'amiral Darlan, chef de la Marine, doit décider de la conduite à tenir.
Les options engagent l'équilibre naval de la guerre. Disperser et neutraliser la flotte dans divers ports (métropole, Afrique du Nord, Antilles) sous contrôle français, en garantissant qu'elle ne servira pas l'Axe. La rallier aux Britanniques pour continuer le combat — ce que très peu de chefs envisagent. Ou la maintenir groupée dans les ports français, au risque d'inquiéter Londres (et de provoquer un Mers-el-Kébir).
Darlan a promis que la flotte ne tomberait jamais aux mains des Allemands, mais répugne à la livrer aux Britanniques. Chaque option engage l'équilibre des forces navales — et le risque d'un affrontement avec d'anciens alliés.
La Marine doit-elle disperser et neutraliser la flotte, la rallier aux Britanniques, ou la maintenir groupée dans les ports français ?
Darlan retient A : la flotte est dispersée entre Toulon, Mers-el-Kébir, Alexandrie, Dakar et les Antilles, sous contrôle de Vichy, avec l'engagement qu'elle ne servira jamais l'Axe et l'ordre, en dernier recours, de se saborder plutôt que d'être capturée. Méfiants, les Britanniques frappent malgré tout à Mers-el-Kébir (3 juillet, ~1 300 morts) tandis qu'à Alexandrie une neutralisation pacifique est négociée. La flotte restera l'objet de toutes les convoitises jusqu'à son sabordage à Toulon en novembre 1942, lorsque les Allemands tenteront de s'en emparer. Le choix de 1940 — ni Axe, ni Alliés — préserve un temps la souveraineté de Vichy mais débouche sur les drames d'Oran puis de Toulon.









