Phillips et la Force Z — sortir sans escorte aérienne ?
L'amiral Sir Tom Phillips commande la **Force Z**, la plus puissante concentration de navires de ligne britanniques en Extrême-Orient : le cuirassé *HMS Prince of Wales* et le croiseur de bataille *HMS Repulse*, escortés de destroyers, mouillent à Singapour depuis le 2 décembre 1941. Dès le 8 décembre, les troupes japonaises débarquent simultanément en Malaisie et en Thaïlande ; les convois d'invasion longent la côte est, à portée théorique d'une sortie offensive. Mais la **couverture aérienne** fait défaut : le *HMS Indomitable*, qui devait compléter la force, s'est échoué lors de son transit, et la RAF sur la péninsule malaise est débordée, ses terrains avancés tombant l'un après l'autre.
L'enjeu est double. Intervenir vite pourrait désorganiser l'acheminement des renforts japonais et envoyer un signal politique fort à Singapour et à Canberra. Mais sans **chasse d'escorte**, les 2 bâtiments navigueraient à découvert, exposés à l'**aéronavale terrestre** japonaise basée en Indochine — dont Phillips sous-estime gravement la portée et la précision contre des cibles manœuvrantes.
Phillips doit arrêter sa décision avant l'aube. Il peut appareiller vers le nord sans attendre de couverture de chasse, en pariant sur la surprise et sur la défense anti-aérienne de ses navires ; il peut au contraire ancrer la Force Z à Singapour et jouer la carte de la **flotte de dissuasion** (*fleet-in-being*), immobilisant des forces japonaises sans risquer l'irréparable ; ou conditionner toute sortie à l'obtention d'une couverture aérienne fermement garantie par la RAF, quitte à perdre l'initiative.
Mer de Chine méridionale, 10 décembre 1941, commandant de la Force Z : comment engager la flotte d'invasion japonaise sans couverture aérienne ?
Phillips appareille le 8 décembre sans couverture de chasse. Repérée par un sous-marin puis par l'aviation de reconnaissance, la Force Z est attaquée le 10 décembre par 85 bombardiers et torpilleurs basés en Indochine. En moins de 2 heures, le *Prince of Wales* et le *Repulse* sont coulés ; environ 840 hommes périssent, dont Phillips lui-même. C'est la première fois dans l'histoire navale que des navires de ligne manœuvrant librement en pleine mer sont détruits par la seule aviation — une démonstration décisive qui sonne le glas de la suprématie du cuirassé.
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T10-013