Gort à Habarcq — la confiance au plan français
, 53 ans, commande depuis 1939 le () — dix divisions, environ 200 000 hommes. Soldat plus que diplomate, il a gagné la Victoria Cross au Canal du Nord en septembre 1918, à la tête d’une brigade de Guards.
Le 10 mai, l’offensive allemande déclenche le Plan Dyle : le , la 1re et la 7e armée françaises avancent en Belgique pour tenir la ligne Dyle, de Louvain à Wavre. Gort dépend du commandant en chef français, le général Gamelin, et de l’état-major du groupe d’armées Billotte ; il n’a pas de commandement autonome.
Le 14 mai, au GHQ d’Habarcq, près d’Arras, parviennent les premiers rapports d’une percée allemande sur la Meuse, à Sedan, loin au sud de son front. Si la trouée s’élargit vers l’ouest, elle vise les arrières du et ses lignes de communication vers les ports de la Manche.
Gort tient une position avancée que les ordres alliés lui imposent de garder. Il doit juger ce que valent encore le plan français et la chaîne de commandement à laquelle il est subordonné.
Gort doit-il continuer à faire confiance au plan français et à la chaîne de commandement alliée ?
Gort applique A, tout en amorçant B en sous-main. Il maintient le dispositif sur la Dyle et reste dans la chaîne alliée, mais fait étudier dès le 16 mai des plans de repli et garnit progressivement son flanc droit. À partir du 19 mai, il prend contact avec le vice-amiral Ramsay à Douvres pour envisager le pire. La méfiance grandit à mesure que les ordres français — dont l’éphémère contre-attaque conçue par Weygand — se révèlent inapplicables. Gort restera fidèle au cadre allié jusqu’au moment où il jugera ce cadre rompu. Promu après la campagne, il sera gouverneur de Gibraltar (1941), puis de Malte et de Palestine, et mourra en 1946 à 59 ans. Son arbitrage de mai 1940 entre loyauté à l’allié et sauvegarde de son armée reste l’un des plus discutés du commandement britannique.









