Touchon sur l'Aisne — Fall Rot
Dunkerque à peine évacué, la Wehrmacht lance le 5 juin Fall Rot (« cas rouge »), seconde phase de la campagne de France, destinée à achever ce qui reste de l'armée française sur la ligne Somme-Aisne. Le général commande la , formation improvisée à la hâte sur l'Aisne, entre Soissons et la région de Compiègne.
Ses moyens sont disparates : une douzaine de divisions hétéroclites, rescapées de la bataille de Belgique, débris de grandes unités, troupes coloniales, appuyées par la de De Gaulle. En face se masse une concentration allemande très supérieure, Panzerdivisionen en tête, soutenue par la maîtrise du ciel.
La doctrine adoptée est la « défense en hérisson » de Weygand : des points d'appui qui doivent tenir même encerclés. Touchon doit couvrir un large front avec moitié moins de forces que prévu. Sa ligne résiste quatre jours. Le 9 juin, la pression devient telle que la rupture menace à Soissons. Touchon ignore si un sacrifice sur place servirait à quelque chose, ou s'il doit préserver ses divisions pour une ligne en arrière.
Le 9 juin, Touchon doit-il tenir l'Aisne à tout prix ou ordonner le repli sur la Marne ?
Touchon choisit B et ordonne le repli sur la Marne. Mais la Wehrmacht va plus vite que le décrochage : la ligne de la Marne est percée vers le 12 juin, Paris est déclaré ville ouverte le 13 et occupé le 14. La défense de l'Aisne, héroïque par endroits, n'aura retardé l'inéluctable que de quelques jours. Touchon échappe à la captivité, est nommé gouverneur militaire d'Alger à l'été 1940, puis écarté par Vichy. Sa bataille illustre le drame des armées françaises de juin 1940 : une résistance réelle, mais débordée par la vitesse de l'adversaire et l'effondrement du commandement supérieur. Il meurt en 1949.









