Monthermé — Portzert dans la boucle de la Meuse
À 60 km au nord de Sedan, le secteur de Monthermé — une étroite boucle de la Meuse dite « Pointe de Mouton », dans les Ardennes françaises — est défendu par la du colonel , 48 ans. Ses moyens sont maigres : environ 1 800 hommes, huit mitrailleuses Hotchkiss, quatre canons antichars de 25 mm. Mais le terrain, dominé par une falaise de 80 m sur la rive ouest, favorise nettement le défenseur.
En face avance la de Kempf, fer de lance du corps de Reinhardt, avec plus de 200 chars et son infanterie motorisée. Le 13 mai à 14h00, les Stukas pilonnent Monthermé ; vers 15h00, les premières infiltrations allemandes franchissent le fleuve en pneumatiques. Mais le goulet est si resserré qu’au soir du 13 mai, les Allemands n’ont que 2 km de profondeur sur la rive ouest.
Le 14 mai, alors que Huntziger rappelle la 3e DCr vers Stonne et que nul renfort n’arrive, Portzert pèse la suite : tenir avec ses 1 800 hommes ou demander à être relevé.
Tenir sans renfort sur ce terrain favorable, demander la relève, ou se replier sur l’Aisne ?
Portzert applique A. Il tient. Pendant une soixantaine d’heures, du 13 mai à 14h00 au 15 mai au soir, la cloue la dans la boucle de Monthermé et lui inflige des pertes — plusieurs chars détruits — pour environ 200 tués français. Reinhardt accumule un retard d’environ 36 heures sur le calendrier du Sichelschnitt, retard considérable au regard de la course vers la mer. Mais le 15 mai au soir, Kempf perce enfin la deuxième ligne : la , encerclée, est capturée presque entièrement, et Portzert fait prisonnier. Il survivra à cinq ans de captivité à l’Oflag IV-D et mourra en 1968 ; un monument lui rend hommage à Monthermé. Les historiens citent souvent ce baroud comme la preuve qu’une défense statique tenace, sur bon terrain, pouvait freiner les Panzers — leçon que le haut commandement français n’a pas su exploiter.









