Stonne — Billotte face à la colonne de Panzers
Le village de Stonne, perché à 260 m sur le plateau qui domine Sedan, est devenu un verrou que les deux camps s’arrachent depuis le 15 mai 1940. Le capitaine , 34 ans, fils du général qui commande le groupe d’armées n°1, est un officier de cavalerie passé aux blindés. Il commande la 1re compagnie du , rattaché à la de Brocard.
Sa compagnie aligne 3 Char B1 bis et une dizaine de chars légers H39. À 10h00, Billotte reçoit l’ordre de tenir Stonne contre les assauts de la . Il monte dans son Char B1 bis n°337 « Eure » : 32 tonnes, canon de 75 mm en caisse, canon de 47 mm en tourelle, blindage de 60 mm — le char le mieux protégé du champ de bataille.
Vers 16h00, en débouchant dans la rue principale du village, « Eure » se trouve face à une colonne d’une douzaine de Panzers III et IV, à une centaine de mètres. Distance idéale pour son 47 mm — mais aussi pour les canons allemands. Billotte n’a que quelques secondes.
Ouvrir le feu sur-le-champ, manœuvrer pour une position dominante, ou se replier ?
Billotte applique A. Il ouvre le feu aussitôt et, en quelques minutes, détruit treize blindés allemands — 2 Panzer IV et 11 Panzer III — bloqués dans la rue. Son Char B1 « Eure » encaisse environ 140 impacts de canons antichars de 37 mm, mais aucun ne perce ses 60 mm de blindage : le char ressort intact. Billotte devient un héros national. Capturé lors de la seconde phase de la campagne, il s’évade d’un Oflag en 1941, rejoint la France libre et termine la guerre général ; il sera ministre sous la IVe République et mourra en 1992. Le village de Stonne change dix-sept fois de mains entre le 15 et le 19 mai, payé d’immenses pertes des deux côtés. Le Char B1 bis « Eure » est aujourd’hui conservé au Musée des Blindés de Saumur, témoin de la supériorité technique gâchée d’une armée française mal employée.









