Stonne — le village pris et repris
Après la percée de Sedan, le village de Stonne, perché sur une crête dominant la plaine, devient un verrou stratégique : qui le tient surveille les abords sud de la tête de pont allemande. Les Allemands s'en emparent rapidement pour couvrir le flanc de leur avance, tandis que des unités françaises, dont des chars lourds B1 bis quasi invulnérables aux canons adverses de l'époque, sont disponibles dans le secteur.
Autour du village, les combats prennent un tour d'une violence extrême. Le commandement français doit décider de l'effort à y consacrer. S'accrocher à tout prix pour reprendre et tenir le village, dans l'espoir de couper la percée à sa base. Limiter l'effort à une défense économe, pour préserver des forces face à une situation générale qui se dégrade. Ou se replier sur une ligne plus tenable.
Chaque option a son prix. Une lutte acharnée pour la crête peut user l'adversaire, mais immobilise des moyens rares au sud quand le gros de la percée file déjà plus au nord. L'enjeu dépasse Stonne : il s'agit de savoir où porter l'effort alors que la ruée allemande vers l'ouest menace de devenir incontrôlable.
Le commandement français doit-il s'accrocher à Stonne à tout prix, limiter l'effort, ou se replier ?
Les Français choisissent A pendant plusieurs jours : Stonne change de mains une quinzaine de fois entre le 15 et le 25 mai, dans l'un des combats les plus acharnés de la campagne — on l'a parfois appelé le « Verdun de 1940 ». Le char B1 bis du capitaine Billotte y détruit à lui seul treize blindés allemands en un seul engagement, exploit retentissant. Mais l'effort, mal coordonné avec une stratégie d'ensemble défaillante, ne suffit pas à entamer la percée allemande qui file déjà vers la Manche plus au nord. Stonne reste le symbole de la valeur combative française gâchée par les carences du commandement supérieur.









