De Gaulle à Abbeville
Après ses contre-attaques de Montcornet, le général de Gaulle et sa sont engagés, fin mai 1940, contre la tête de pont allemande d'Abbeville, au sud de la Somme — un point d'appui que les Allemands ont établi sur la rive sud du fleuve pour préparer la seconde phase de leur offensive vers le cœur de la France.
L'objectif est de réduire cette tête de pont pour rétablir la ligne de la Somme. Sa division, éprouvée et incomplète, fait face à une défense allemande solide, retranchée sur les hauteurs du Mont Caubert, et manque d'appui d'infanterie et d'artillerie coordonnés.
De Gaulle peut attaquer vigoureusement pour réduire la tête de pont, en exploitant ses chars. Procéder méthodiquement, par étapes, pour limiter l'usure. Ou renoncer faute de moyens suffisants. L'enjeu, au-delà du terrain, est de prouver une fois encore la valeur de la manœuvre blindée — et de remporter un succès français dans un océan de défaites.
De Gaulle doit-il attaquer vigoureusement la tête de pont, procéder méthodiquement, ou renoncer ?
De Gaulle choisit A, fidèle à ses conceptions de l'attaque blindée résolue : du 28 au 30 mai 1940, la attaque la tête de pont d'Abbeville et reprend du terrain sur le Mont Caubert, infligeant des pertes aux Allemands — l'un des rares succès offensifs français de la campagne. Mais, faute d'infanterie et d'appui suffisants, l'attaque ne parvient pas à réduire complètement la tête de pont, et la division, épuisée, doit s'arrêter. Ce demi-succès confirme néanmoins les thèses de De Gaulle sur l'emploi des blindés et renforce son prestige : peu après, il est nommé général de brigade et entre au gouvernement Reynaud, avant son départ pour Londres. Abbeville montre, une fois de plus, ce qu'une doctrine blindée offensive aurait pu accomplir — trop peu, trop tard.









