Rommel devant la Serre — le pont de Crécy
Pendant que Guderian se débat avec son supérieur Kleist au sud, pousse son avance fulgurante plus au nord. Le 17 mai au matin, sa atteint Crécy-sur-Serre, dans l’Aisne — environ 60 km à l’ouest de la Meuse qu’il a franchie 4 jours plus tôt. En 3 jours, sa division a couvert 90 km, contournant les poches de résistance par une suite d’initiatives audacieuses qui la font surnommer la Gespensterdivision.
La Serre est une petite rivière, mais elle constitue un obstacle : Rommel ignore si elle est défendue. Sa colonne progresse avec seulement 4 chars en tête, car il a une fois de plus distancé le gros de ses forces. Devant lui, le pont de Crécy-sur-Serre paraît intact — mais sans doute miné, prêt à sauter.
S’il envoie une reconnaissance prudente, il perd 6 à 12 heures et laisse aux Français le temps de détruire l’ouvrage. S’il fonce dans son char de commandement pour saisir le pont par surprise, il s’expose en première ligne. Rommel doit choisir vite.
Crécy-sur-Serre, 17 mai 1940, Rommel devant un pont : foncer en personne en tête ou attendre l'infanterie ?
Rommel fonce en personne dans son char de commandement. Il monte lui-même dans sa Panzerbefehlswagen et fonce sur le pont avec 3 autres chars. L'ouvrage est intact ; il le franchit vers 09h00 et prend pied sur la rive ouest sans rencontrer de résistance organisée. À midi, il est à Marle, au même niveau que Guderian ; dans l'après-midi, il pousse vers Le Cateau-Cambrésis. En une seule journée, la parcourt environ 130 km — l'un des bonds les plus longs de toute la campagne. L'audace de Rommel, qui commande sans cesse depuis la pointe avancée, désorganise les défenses françaises avant qu'elles ne se forment. Sa division reste introuvable, y compris pour l'OKH. Rommel gagnera bientôt le surnom de Wüstenfuchs, le « Renard du désert », en Afrique du Nord (1941-1942). Compromis dans le complot du 20 juillet 1944, il est contraint au suicide le 14 octobre 1944, à 52 ans.
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