Hitler au Felsennest — l’angoisse des flancs
a installé son QG de campagne pour Fall Gelb au Felsennest (« Nid dans le rocher »), un bunker creusé dans la roche de l’Eifel, à environ 200 km de Sedan. Il y suit l’avance des Panzers, penché plusieurs fois par jour sur les cartes.
Au matin du 17 mai, Hitler est partagé. D’un côté l’euphorie : les chars ont déjà parcouru 200 km depuis leur base de départ, et le plan inspiré de Manstein réussit au-delà des espérances. De l’autre, l’angoisse : et si les Français contre-attaquaient le flanc sud découvert de la percée, comme sur la Marne en 1914 ? Le couloir blindé est long, étroit, et son infanterie peine à suivre.
Brauchitsch et Halder au commandement de l’armée, plus inquiets encore que lui, le pressent d’ordonner une halte générale. À 11h00, Hitler reçoit en personne Rundstedt au Felsennest ; le vieux maréchal prussien, prudent par tempérament, appuie l’idée d’un arrêt. Guderian, lui, veut foncer vers la Manche. Hitler doit trancher entre l’élan et la sécurité.
Ordonner l’arrêt général des Panzers, les laisser foncer, ou imposer un compromis ?
Hitler applique A. Vers midi le 17 mai, il ordonne l’arrêt général des Panzers — première « Halt Order » de la campagne. Guderian, prévenu par radio dans l’après-midi, est ulcéré et offre sa démission le soir même. Rundstedt l’apaise en proposant une formule de « reconnaissance en force » qui permet, de fait, de poursuivre l’avance ; Hitler la valide à contrecœur. Cette halte du 17 mai ne dure qu’environ 24 heures et reste peu coûteuse, Guderian la contournant. Mais elle révèle l’inquiétude profonde de Hitler — la même qui produira la seconde Halt Order, devant Dunkerque le 24 mai, aux conséquences bien plus lourdes. Hitler conclura de 1940 que ses généraux sont trop timorés, conviction qui nourrira ses ingérences fatales à Stalingrad en 1942 et à Koursk en 1943. L’épisode du Felsennest illustre la tension permanente entre l’audace des chefs de Panzers et la prudence du sommet.









