Manstein observe son plan — Koblenz 10 mai
, 52 ans, est l’architecte intellectuel du plan d’attaque par les Ardennes que la exécute ce 10 mai 1940. Après avoir convaincu Hitler en février d’attaquer là où Halder voulait frapper en Belgique, Manstein a été muté en mars au commandement d’un corps d’infanterie de réserve, le , loin de l’action principale. Halder, agacé par ce subalterne trop écouté, l’a écarté de la percée.
À 05h35, Manstein observe le démarrage depuis le QG de Rundstedt à Koblenz. Ce sont Guderian, Reinhardt et Hoth — non lui — qui mènent son plan. Il note chaque mouvement : sept Panzerdivisionen concentrées sur 80 km, un front sans précédent, appuyées par les commandos Brandenburgers qui s’emparent par surprise des passages frontaliers. Le ciel couvert masque la concentration aux reconnaissances aériennes françaises ; les Chasseurs ardennais belges, en se repliant, ne retardent que faiblement la colonne.
L’incertitude reste pourtant totale. Tout repose sur la vitesse : si Gamelin et Georges comprennent assez tôt que l’effort principal n’est pas en Belgique mais à Sedan, ils peuvent encore reprendre l’initiative. Manstein, écarté du commandement opérationnel, réduit à observer son propre plan, doit décider de sa conduite dans les heures qui viennent.
Faut-il intervenir dans la conduite de votre plan, ou rester dans votre rôle subalterne ?
Manstein applique B. Il reste à sa place : officier d’état-major prussien, il s’interdit le court-circuit hiérarchique et regarde son plan s’exécuter sans lui. Son corps d’armée franchit la Somme en juin et participe à Fall Rot, la seconde phase. Hitler le récompense en l’envoyant en Crimée en 1941 — prise de Sébastopol — puis le fait maréchal en 1942. Démis en mars 1944 après une querelle stratégique sur l’Ukraine, il est condamné à 18 ans de prison à Hambourg en 1949 pour crimes de guerre, et libéré dès 1953. Ses mémoires apologétiques, Verlorene Siege (« Victoires perdues », 1955), connaissent un grand succès et façonnent durablement la légende d’une Wehrmacht « propre ». Manstein meurt en 1973, à 85 ans, considéré par beaucoup comme le meilleur cerveau opérationnel de l’armée allemande.









