Commander une bataille sans radio
Le général , 67 ans, généralissime des armées alliées depuis 1935, dirige la campagne depuis le donjon du château de Vincennes. Officier cultivé, ancien collaborateur de Joffre en 1914, il a conçu le Plan Dyle-Breda : ses meilleures armées — 1re et 7e françaises, britannique — entrent en Belgique le 10 mai pour y arrêter la Wehrmacht sur une ligne préparée.
Mais son poste de commandement a une singularité que ses propres officiers raillent. Le donjon de Vincennes ne dispose d’aucun poste de radio. Le sous-sol abrite des téléscripteurs et un standard téléphonique, mais aucune liaison hertzienne avec le front : chaque heure, des estafettes à moto portent les ordres vers une station relais. Un officier compare le QG à « un sous-marin sans périscope ». Les ordres mettent des heures à descendre les trois échelons jusqu’aux armées, et autant à remonter.
Le 13 mai, les blindés de Guderian franchissent la Meuse à Sedan, loin du choc attendu en Belgique. L’information parvient à Vincennes avec un retard considérable. Gamelin doit décider comment piloter une bataille qui s’emballe plus vite que ses transmissions.
Gamelin peut-il vraiment commander la bataille depuis ce poste de Vincennes ?
Gamelin choisit A. Il reste à Vincennes et conserve son dispositif de transmissions inchangé pendant toute la phase décisive. Les ordres continuent de transiter par estafettes et standard, avec des délais qui se chiffrent en heures alors que les Panzers avancent de 60 km par jour. La coupure du commandement par rapport au tempo allemand devient l’une des causes structurelles citées de l’effondrement français. Le 19 mai, Reynaud le relève au profit de Weygand, rappelé du Levant. Arrêté par Vichy en septembre 1940, Gamelin est traduit au procès de Riom en 1942, où il refuse de plaider, puis déporté à Buchenwald. Libéré en 1945, il publie ses mémoires, Servir (1946-1947), pour défendre ses choix. Il meurt en 1958. L’historiographie, de à Alistair Horne, retient Vincennes comme le symbole d’un haut commandement déconnecté de sa propre bataille.









