L'union franco-britannique — 16 juin
Le 16 juin 1940, à Bordeaux où le gouvernement s'est replié, revient de Londres avec une idée née dans l'urgence : une déclaration d'union franco-britannique — citoyenneté commune, cabinet unique, défense conjointe des deux pays fusionnés en une seule entité de guerre.
Le projet est l'œuvre de et de diplomates britanniques, repris et porté par Churchill lui-même, qui y voit un moyen spectaculaire d'empêcher la France de signer une paix séparée. De Gaulle, qui a fait la navette avec Londres, en transmet le texte à Reynaud. Pour le président du Conseil, c'est une dernière carte : sans elle, les partisans de l'armistice — Pétain, Weygand, Chautemps — emporteront le Conseil des ministres du soir.
De Gaulle mesure la fragilité de tout cela. Le projet est généreux mais juridiquement vertigineux, et le rapport de force au sein du gouvernement est défavorable. Il doit conseiller Reynaud sur l'opportunité de jouer cette carte, tout en préparant sa propre conduite si le gouvernement bascule.
Que doit conseiller de Gaulle à Reynaud au sujet de l'union franco-britannique ?
De Gaulle mêle A et C : il soutient le projet d'union devant Reynaud, qui le présente au Conseil des ministres du 16 juin au soir. Le Conseil le rejette — Pétain le qualifie de « fusion avec un cadavre » et le perçoit comme une tentative d'annexion de la France par l'Empire britannique. Reynaud, à bout, démissionne à 22h00. De Gaulle, dès lors, arrête sa décision : il repartira pour Londres le lendemain matin. L'union franco-britannique, l'un des projets politiques les plus audacieux du XXe siècle, n'aura vécu que quelques heures, emportée par la logique de l'armistice.









