Gamelin, un dernier ordre avant l’enveloppe
Le général , 67 ans, sait au matin du 19 mai 1940 que ses jours de généralissime sont comptés. Paul Reynaud a rappelé du Levant le général , 73 ans, et le bruit de la relève court dans les états-majors. Gamelin n’a pas encore reçu de notification officielle, mais il comprend qu’elle viendra dans la journée.
La situation militaire est désespérée. Depuis la percée de Sedan le 13 mai, les blindés allemands taillent un couloir vers la Manche. Au nord de ce couloir, le du général Billotte — une cinquantaine de divisions françaises, britanniques et belges, dont la — risque l’encerclement complet. Au sud, des forces françaises se reconstituent péniblement sur la Somme et l’Aisne.
Gamelin, depuis Vincennes, doit décider comment employer ce qui lui reste d’autorité dans ses dernières heures. Il peut lancer un ordre offensif d’envergure pour tenter de refermer la brèche pendant qu’il commande encore, attendre et laisser cette responsabilité à son successeur, ou prescrire au contraire un repli pour sauver les troupes du Nord.
Gamelin doit-il engager une grande manœuvre dans ses dernières heures de commandement ?
Gamelin applique A. Vers 10h le 19 mai, environ cinq heures avant que Reynaud ne nomme officiellement Weygand, il signe l’Instruction personnelle et secrète n° 12 : il ordonne au groupe d’armées Billotte d’attaquer vers le sud-ouest pour rejoindre les forces françaises au-delà de la Somme, en une manœuvre en tenaille. C’est le seul ordre franchement offensif qu’il ait donné de toute la campagne. Le soir, peu après 21h, une enveloppe de Reynaud lui notifie sa révocation. Weygand prend le commandement le lendemain matin, annule aussitôt l’Instruction n° 12 pour reprendre la situation en main, puis ressuscite quelques jours plus tard une manœuvre presque identique sous le nom de Plan Weygand — délai fatal. Arrêté par Vichy, jugé à Riom, déporté à Buchenwald, Gamelin survit et meurt en 1958. Les historiens débattent encore : son dernier ordre était-il une lucidité tardive ou un geste sans moyens ?









