Winkelman après Rotterdam — 14 mai
, 63 ans, est depuis l’invasion le commandant en chef des forces armées néerlandaises. Rappelé d’une demi-retraite début 1940, ce général d’infanterie expérimenté a reçu une mission claire : tenir le Fortress Holland, le réduit central protégé par les lignes d’eau, en attendant un secours allié qui ne vient pas. La reine Wilhelmine et le gouvernement ont déjà gagné l’Angleterre ; Winkelman demeure, seul détenteur de l’autorité sur le terrain.
Au cinquième jour de combats, la situation est presque sans issue. Quelque 280 000 hommes ont été mobilisés, mais l’aviation néerlandaise est anéantie, la Grebbelinie enfoncée, et les renforts français du sud refluent. L’après-midi du 14 mai, Rotterdam est bombardée par la Luftwaffe : le centre historique brûle. Le commandement allemand fait aussitôt savoir qu’Utrecht subira le même sort, puis d’autres villes, si les Pays-Bas ne déposent pas les armes.
Winkelman tient entre ses mains des villes pleines de civils et une armée épuisée. Il dispose de quelques heures pour répondre à la menace allemande, sans pouvoir consulter son gouvernement parti à Londres.
Winkelman doit-il ordonner la fin des combats ou tenter une dernière résistance ?
Winkelman applique A. L’après-midi du 14 mai, il adresse à son armée une proclamation ordonnant de suspendre le combat, « pour épargner la population civile et éviter une nouvelle effusion de sang ». L’acte de capitulation est signé tôt le lendemain, le 15 mai 1940, dans une école de Rijsoord, au sud de Rotterdam ; la province de Zélande, soutenue par les Français, résiste encore brièvement. Les Pays-Bas auront tenu cinq jours. Winkelman refuse ensuite de s’engager à ne pas reprendre les armes : interné comme prisonnier de guerre en juillet 1940, il passe le reste de l’occupation en captivité en Allemagne. Sa décision épargne à Utrecht et à d’autres villes le sort de Rotterdam. Considéré après-guerre comme un commandant lucide ayant tiré la seule conclusion possible, il reçoit l’Ordre militaire de Guillaume, la plus haute distinction néerlandaise.









