Eben-Emael — Jottrand sous les explosions
Le Major , 45 ans, officier d'artillerie belge, commande les 1 200 hommes du fort d'Eben-Emael, verrou du dispositif du canal Albert au nord de Liège. Réputé imprenable, l'ouvrage cuirassé garde les ponts vers Maastricht. Jottrand connaît son fort dans le moindre détail : coupoles d'artillerie, casemates, galeries souterraines sur trois niveaux.
À 04h25, des explosions secouent le superblock. Quelque chose se passe sur le toit même de l'ouvrage. Depuis son poste de commandement au niveau -3, Jottrand entend des coups sourds, métalliques, rapprochés. Les guetteurs de la défense aérienne n'ont rien signalé : aucun bruit de moteur, car les assaillants sont arrivés en planeurs silencieux. Une à une, ses coupoles annoncent qu'elles sont neutralisées par des charges qu'il n'identifie pas.
À 04h30, Jottrand n'a plus de vue sur sa propre toiture et ne peut plus riposter de l'intérieur. Il alerte les renforts terrestres et le QG du I Corps belge à Tirlemont. Privé de ses coupoles, il pèse les rares options qui lui restent pour reprendre l'initiative sur un toit aux mains de l'ennemi. Il doit trancher en quelques minutes.
Faut-il réclamer un bombardement ami sur le toit de son propre fort, où 1 200 hommes sont enfermés ?
Jottrand réclame le bombardement ami du toit : dès 04h30 il demande le tir de l'artillerie de campagne sur sa propre toiture pour balayer les assaillants, au risque de frapper ses propres positions, et alerte la hiérarchie. Le commandement belge hésite à bombarder un ouvrage plein de défenseurs ; l'ordre ne descend que lentement. Vers 09h00, six batteries près de Visé ouvrent enfin le feu, mais les Stukas de la , couvrant l'opération du , les réduisent au silence avant tout effet. Privé de coupoles et de contre-attaque, le fort résiste encore une nuit. Jottrand capitule le 11 mai à 12h15, après une trentaine d'heures de siège — une poignée de parachutistes a neutralisé la garnison la mieux protégée d'Europe. Prisonnier cinq ans (Oflag IV-A, puis Murnau), il meurt en 1973. La mémoire belge le réhabilite : il avait fait son devoir avec des moyens conventionnels face à une tactique inédite.









